Les Chroniques des membres de La Gauche Moderne

Retraites : Chronique de Christiane REYMANN

Publié le 27 Mai 2012

Retraites : Chronique de Christiane REYMANN

« Une négociation sur les retraites pour réparer une injustice : le retour à la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt » : de qui se moque-t-on ?


2003
La première, la toute première mesure spécifique concernant les salariés ayant des carrières longues date de 2003 : tous les salariés ayant la totalité de leurs annuités pouvaient prendre leur retraite, même s’ils avaient moins de 60ans (58 ans pour ceux qui ont commencé à travailler à 16 ans). Elle a été négociée dans la première étape de la réforme des retraites par François Fillon. Son principal partenaire était la CFDT, cohérente, dans cette étape-là, avec son investissement dans la défense des conditions de travail des salariés. La CGT s’est opposée à ces négociations, en toute cohérence avec son refus des négociations sur les conditions de travail, auxquelles elle préférait les négociations pour l’augmentationdes primes de pénibilité.

Cette mesure a coûté 1,35 milliard/an.

2010
La possibilité, pour les salariés ayant des carrières longues, de partir avant 60 ans a été reprise dans les négociations de 2010, malgré l’opposition syndicale. Les conditions sont plus contraignantes qu’en 2003 : elles introduisent l’obligation d’avoir travaillé 5 trimestres avant 18ans et le nombre d’annuités augmente progressivement jusqu’en 2017.
La réforme Fillon/Woerth y ajoute 2 autres dérogations :
- retraite anticipée pour handicap
- retraite anticipée liée à la pénibilité du travail (accidents du travail
ou maladies professionnelles)
[conditions d’accès : vos droits.service-public.fr]

L’endettement de la CNAV, en 2010, était de l’ordre de 10 milliards.

1983
La retraite à 60 ans a été une mesure importante pour les salariés ayant commencé à travailler à 14 ans : elle leur donnait la possibilité debénéficier de leur retraite à taux plein dès 60 ans au lieu de 65 ans. Malheureusement, les « vieux travailleurs épuisés » qui avaient fait lavedette de la campagne de Mitterrand n’ont bénéficié d’aucune mesure spécifique : l’ordonnance de 1982(application 1er avril 1983) reconduisait les dispositions antérieures.
Un travailleur qui avait commencé à travailler à 14ans avait travaillé 46 ans à l’âge de 60 ans. 8,5 ans de plus que les annuités requises (37,5). 8,5 ans de plus que les cadres qui bénéficiaient de la généralisation de la retraite à 60ans. Sans la moindre compensation financière. Pour les salariés ayant une pension d’invalidité civile ou militaire, la retraite à 60 ans n’a RIEN changé. Ils bénéficiaient déjà de la retraite à 60 ans. Soit leur invalidité était incompatible avec leur travail et ils vivaient avec leur pension misérable en attendant de prendre leur retraite, même  s’ils avaient cotisé pendant 37,5 ans, à 51 ou 52 ans. Soit leur invalidité était compatible avec un travail salarié et ils continuaient à subir la pénibilité de leur poste de travail ouvrier même s’ils avaient cotisé pendant 37,5 ans, à 51 ou 52 ans.

Les carrières longues, handicapés inclus, ont financé le droit à la retraite à 60 ans pour les employés et les cadres.

Les législatives de 2006 n’ont pas été gagnées.

NEGOCIER QUOI ?
LE CHOIX D’UN CADEAU QUI SERA PAYE PAR LES COTISANTS ?
DE QUOI AUGMENTER LA DETTE DE LA CNAV DE FACON CERTAINE.
Les cadeaux via les budgets de la Sécu et des Caisses de retraites
complémentaires permettent de faire payer les cotisants sans toucher au Budget de l’Etat.

Une astuce qui coûte cher aux classes moyennes et à la compétitivité des entreprises.

 

Christiane REYMANN