Les Chroniques des membres de La Gauche Moderne

Premiers pas du gouvernement : le compte n'y est pas

Publié le 27 Mai 2012

Chronique de Simon-Pierre Trezeguet :
Premiers pas du gouvernement : le compte n'y est pas


A la Gauche Moderne, nous avons combattu le candidat du Parti Socialiste à la Présidentielle parce que son programme nous semblait au mieux ambigu, au pire néfaste.  Les premiers pas du gouvernement nous confortent dans notre diagnostic.

Animé par une fièvre qui ne peut qu’être électorale, le gouvernement multiplie les annonces sur des sujets importants pour ses électeurs et ses alliés.  Il faut accepter qu’il ne s’occupera vraiment de la France qu’une fois les élections législatives passées.

Ainsi, pour satisfaire les syndicats d’enseignants, M. Peillon a annoncé le retour à la semaine de 5 jours.  Pourtant, le passage à 4 jours était entré dans les mœurs, en particulier du secteur associatif et culturel, et revenir unilatéralement à des cours non plus le samedi matin mais le mercredi matin aurait des impacts significatifs sur le fonctionnement des écoles de musique, des clubs de sport, etc.  Nous militons pour que les décisions concernant l’école s’ouvrent à l’ensemble des acteurs impliqués dans la vie des enfants.  C’est le sens des Plans Locaux d’Education.  C’est le sens de la décentralisation de l’Ecole que nous défendons.  Et concernant les rythmes scolaires, il y a beaucoup à faire, en réfléchissant aux vacances, mais aussi au contenu des cours.  Des choix difficiles sont devant nous.  La méthode employée par M. Peillon ressemble fort à celle utilisée, et critiquée, sous Nicolas Sarkozy : une annonce de la décision prise et de la date de mise en œuvre, l’organisation ensuite d’une concertation a minima pour donner des gages.  Sur l’Ecole, nous ne pouvons être d’accord avec la méthode choisie par le gouvernement.

Concernant la Justice, nous nous démarquons de la plupart des socialistes en revendiquant la nécessité d’une Justice ferme, cohérente et rapide.  La suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs ne s’inscrit pas dans cette logique.  Au contraire.  Les Tribunaux Correctionnels pour mineurs permettaient de traiter les justiciables en relevant à la fois comme des êtres en construction, pour lesquels la société a une responsabilité particulière, et comme des personnes douées d’entendement, d’autonomie et de libre-arbitre.  En les mettant face à leurs délits tout en les préservant des tribunaux ordinaires, ces tribunaux gommaient les limites de l’Ordonnance de 1945.  En donnant le sentiment qu’un adolescent de 16 à 18 ans, multirécidiviste, doit être traité comme un enfant, c'est-à-dire d’abord comme une victime d’un système familial ou éducatif défaillant, Mme Taubira envoie le mauvais signal à la société et à ces jeunes.  Là encore, nous ne pouvons être d’accord avec le gouvernement.

Concernant la maîtrise des dépenses publiques, le gouvernement annonce à la fois une augmentation des dépenses de retraites de 5 Mds d’euros (pour permettre à 1 Français sur 7 de partir à 60 ans, ce qui est bon à 3 semaines des Législatives), alors même que le système est déjà déficitaire de 6 Mds d’euros.  Le travail va donc être taxé un peu plus pour maintenir le déficit à son niveau.  Notre économie va ainsi perdre encore un peu de compétitivité, sans avoir rien gagné en termes de maîtrise du déficit.  Le gouvernement a lancé également un vaste programme de recrutement dans les écoles, sans que soient identifiées les économies sur d’autres postes qui le permettraient.  Là encore, alors que la priorité absolue est la réduction des déficits et la restauration de la compétitivité de notre économie, le gouvernement utilise les vieilles recettes du PS archaïque : déficit, emplois aidés, taxe sur le travail et sur les riches.  Sur l’économie, nous ne pouvons être d’accord avec le gouvernement.

Concernant l’Afghanistan, nous constatons que le retrait des troupes en 2012 était une promesse vide, comme nous le disions à l’époque.  Nous savons maintenant qu’il restera environ 2000 soldats sur place à fin 2012, et que la promesse ne sera pas tenue.  Notre Président se compromet avec M. Karzai, décrédibilisé auprès de tous, dont les tractations avec les terroristes que nos soldats combattent ressemblent parfois à des alliances anti-occidentales, avec les terribles conséquences pour nos hommes.  Nos rapports avec l’Allemagne sont en train d’évoluer également, vers plus de conflits.  A l’heure où se joue la survie de l’Euro, où doit se décider le futur de la PAC, si importante pour nos agriculteurs et nos pêcheurs, où doivent s’inventer de nouvelles règles de gouvernance pour l’Europe, il nous semble peu judicieux de surjouer une rivalité avec l’Allemagne dans le seul objectif de piquer quelques voix au Front de Gauche aux Législatives.  Sur les Affaires Etrangères, nous ne pouvons être d’accord avec le gouvernement.

Nous soutenons donc avec plus de vigueur encore nos candidats, et ceux que nous avons investis, pour que l’Assemblée à venir oriente l’action du gouvernement vers plus de responsabilité, de courage et de vérité.

Simon-Pierre Trezeguet