Les Chroniques des membres de La Gauche Moderne

Politique étrangère : quel programme pour que la France reste forte

Publié le 14 Mars 2012

Chronique d'Emmunuel Dupuy et Patricia Lalonde :

Prête à être déchue de son statut de cinquième puissance mondiale, la France a besoin de poursuivre les inflexions données à sa diplomatie depuis 5 ans.

Face à une société internationale chamboulée par les effets dominos de la crise financière et monétaire qui la secoue depuis 2009, les actions diplomatiques engagées depuis 2007 sont le plus souvent perçues comme celles d’une puissance tranquille, sûre de son rayonnement, et forte de son modèle universaliste, forgé dans sa tradition d’équilibre stratégique.
Comme l’a rappelé le candidat à sa réélection, lors de son discours d’entrée en campagne à Marseille, la France « forte » a une responsabilité d’agir dans le monde qui l’entoure. Elle souhaite le faire avec autant de sincérité que de modestie, eu égard à la gravité de la crise économique et financière. Monde dont l’axe de rotation a basculé du bassin traditionnel de puissance localisé de part et d’autres des rives de l’Atlantique Nord à une nouvelle réalité géopolitique faite de nouveaux acteurs et lieux de puissance émergents. D’ici 2050, ce sont plus de 50% du PIB, des flux commerciaux, des investissements et de la population qui proviendront d’Asie. La Chine, qui représente en 2012, 8% du commerce mondial, pourrait supplanter les Etats-Unis dès 2020 !
Fini donc le splendide isolement qui la caractérisait parfois, la France n’est jamais aussi forte que quand elle agit de concert avec ses partenaires, le plus souvent avec une efficacité et une perspicacité que beaucoup louent et lui reconnaissent.
Les rendez-vous des cinq dernières années n’ont pas été manqués, l’actualité des dernières semaines en signale d’ailleurs la justesse et la pertinence :
•    Lancement en mai 2007 de l’Union pour la Méditerranée, « union de projets » dont les principaux acteurs sont les sociétés civiles du bassin méditerranéen qui se sont exprimées avec force et vigueur;
•    Signature et ratification du Traité de Lisbonne en décembre 2007, qui confirme la puissance d’influence de l’UE ;
•    Présidence de l’Union européenne dont le règlement du conflit en Géorgie durant l’été 2008 aura été le point d’orgue ;
•    Réintégration dans le commandement intégré de l’OTAN au printemps 2009, acte de solidarité vis-à-vis de nos partenaires transatlantiques autant qu’évidence stratégique face à la volatilité des crises comme pour répondre à la pluralité des menaces issues des perceptions traditionnelles des insécurités, comme tenant compte des nouveaux « champs de bataille » que constituent, entre autre, le cyber-espace ;
•    Présidence du G8-G20 en 2011 autour d’une évidente prise en compte de la pluralité des puissances économiques et des efforts à mener pour une représentativité plus en phase avec la réalité des équilibres régionaux de puissance ;
•    Action déterminante de la France en Libye, signifiant sa préoccupation d’ancrer le libéralisme politique autant que la justice sociale dans son voisinage méridional ;
•    Sans oublier un Traité de Bruxelles, prémisse d’une réponse concertée pour faire face ensemble, avec nos 17 partenaires européens, à la gravité de la crise de l’euro…
•    Vote du paquet « energie/climat » dans les négociations sur le climat pendant la présidence de l’Union Européenne à la conférence de Copenhague.


Il reste surtout ceux de demain :
•    Pacification de la situation en Syrie, évidente concrétisation de la responsabilité de protéger les populations en danger, conformément à la Charte de l’ONU, tout en tenant compte d’un contexte hautement complexe ;
•    Prochain Sommet de la Terre, qui se tiendra à Rio en juin 2012, autour de la nécessaire gouvernance écologique à mettre en place, vingt années après le Sommet de 1992, qui fit prendre conscience de l’enjeu environnemental dans les relations internationales ainsi que de la nécessité d’une gouvernance prenant en compte le développement durable ;
•    Processus de retrait et de transition en Afghanistan, confirmant dix années de stabilisation et de rétablissement de l’Etat de droit, et l’établissement d’un véritable partenariat à long terme avec les autorités afghanes dans le domaine économique et dans l’aide au respect des principes démocratiques inscrits dans la constitution ;
•    Normalisation de notre dialogue stratégique avec les nouveaux responsables issus des processus révolutionnaires et des transitions démocratiques au Maghreb et au Levant, en aidant au développement et à l’installation de véritables démocraties et en prenant tout particulièrement en compte le respect du droit des femmes. Apres avoir gagner la guerre, il nous faut installer la paix ;
•    Enjeux de l’aide à la reconstruction post-crise partout où la communauté internationale a agi avec célérité, générosité et efficacité, d’Haïti, de Banda Aceh à la Corne de l’Afrique ;
•    Réforme du multilatéralisme - notamment au sein des Nations Unies et dans le cadre d’un nouveau système de Bretton Woods (ayant donné naissance au FMI et à la Banque mondiale) ;
•    Prise en compte des organisations sub-régionales dans le cadre d’intégrations régionales autant politiques qu’économiques ;
•    Sans oublier l’épineux dossier iranien, qui interroge la notion même de la maîtrise des armements, l’avenir de la dissuasion nucléaire comme la prise en compte aussi de la « dualité » dans nos relations internationales…

Ces défis pour les citoyens du monde, comme pour les Français nous obligent à un constat : il faut un amiral à la barre du navire France.
C’est du reste, celui que font, aussi nos collègues sociaux-démocrates au Parlement européen ou que nous entendons dans les principales capitales européennes où nous nous rendons au cours de nos missions à travers le monde. Pas un seul responsable politique et économique qui ne vante le « geste » autant qu’ils ne louent le « verbe », qui caractérise notre diplomatie de l’action et de la décision depuis 2007.
A la puissance « régressive » qui a parfois caractérisé les actions de nos alliés anglo-saxons au Proche-Orient, il est une évidence qui s’impose à tous : celle d’une nouvelle puissance « progressiste » française, autant humaniste, quand il s’agit de réguler le commerce international, mieux encadrer la mondialisation libérale, moraliser les transactions financières ; que réformiste, quand il convient de remédier aux asymétries de développement et remettre en cause l’I-Realpolitik de la représentativité diplomatique dans les grandes institutions internationales.
Les défis posés à la communauté internationale sont gigantesques : les effets du réchauffement climatique, l’ardente nécessité de la diversité énergétique à mesure que les richesses minières s’amenuisent, la fracture démographique, dans un monde de 7 milliards d’individus aujourd’hui, 12 milliards en 2025.
L'heure est grave : c’est de la place de la France dans le monde qu’il s’agit. Un récent rapport de la Fondation américaine Carnegie prédit que d’ici 2020, la France quittera le club des cinq pour n’être que la 9ème puissance économique, fini donc son statut héritée de la Seconde guerre mondiale, qui via son appartenance comme membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, lui confère un rôle d’impulsion et de régulation dans le jeu international.

Retrouvez cet article paru le 13 mars sur le site atlantico.fr