Les Chroniques des membres de La Gauche Moderne

Jean-Loup Dujardin : Exclusion sociale : De quoi parle-t-on

Publié le 19 Octobre 2011

Exclusion sociale : De quoi parle-t-on ???


L’exclusion sociale n’est certes pas nouvelle dans l’histoire de l’humanité et de notre société. Aujourd’hui, elle s’avère être tant  un malaise social endémique qu’un  phénomène exponentiel et omniprésent.

Mais, lorsque l’on tente de définir ce qu’est ou peut être l’exclusion sociale, force est de constater qu’il n’y a pas une définition mais plusieurs, car nous nous trouvons face à des problématiques multidimensionnelles et à des processus multifactoriels.

Problématiques multidimensionnelles car elles abordent des champs d’intervention sociale fondamentaux et variés, qu’ils soient repérés ou repérables (Emploi, Santé, Logement, Education, Formation, Chômage, Prévention, Toxicomanie, Violence, etc.).

Processus multifactoriels car ils mettent en exergue des paramètres divers et des groupes plus au moins ciblés (Famille, Jeunes, Personnes Agées, Handicapés moteurs, Inadaptés mentaux, Déviants, Marginaux,  Délinquants, etc…). 

Dés lors, nous  pouvons dire qu’il n’y a pas une exclusion sociale, mais des exclusions, et que, de fait, il n’y aurait pire erreur que de vouloir « traiter également des choses inégales ».

Et, si il est vrai qu’au cours de ces dernières décennies, l’exclusion sociale a été,  au centre de moult débats, réflexions et décisions qui furent dans certains cas porteurs d’espoirs et dans d’autres particulièrement adaptés. Il est tout aussi exact, que  les actions engagées n’ont ; que peu ou prou, étaient assujetties à des évaluations systémiques (vérifiant la pertinence, l’adéquation des réponses misent en œuvre, etc.), et se réalisent et s’effectuent toujours dans des cadres intégrant la notion de catégorie « de handicaps et d’inadaptations » voire de paix social.

Mais, est peu être plus grave car régulièrement dénier souvent, trop souvent,   l’exclusion sociale s’est avérée, s’avère être la mauvaise conscience des uns, l’alibi d’autres, mais aussi, dans certains cas, un moyen de pression sociale - politique totalement niée.

Car  visible dans le quotidien, l’exclusion  nous renvoie constamment une image interrogative de notre intervention sociale, et des réponses sociétales que nous mettons en place pour tenter de la résoudre. De fait, aujourd’hui,  nous ne pouvons faire l’économie d’une approche transversale de l’exclusion sociale.

Cette dernière se doit, de passer par la prise en compte des aspects multidimensionnels et multifactoriels de l’exclusion, de réaliser une évaluation sans complaisance de l’action sociale et nécessite de « revisiter » notre protection sociale.

Car, l’action sociale s’est, pendant de longues années voire encore aujourd’hui, traduite par un émiettement des diverses formes d’exclusion entre plusieurs administrations et collectivités territoriales souhaitant garder leurs prérogatives d’actions (pré carré bien établi). Ce qui, dans certains cas, (qui n’a pas d’exemple ?), a provoqué des « No Man’s Land » de prises en charges sociales, de situations relevant ou étant à la limite de plusieurs institutions.

Certes, résultat de la conscientisation, des pressions et des prises en considération des analyses faites par des acteurs de terrain, des lois furent votées  (recherchant une certaine cohésion) visant à :

Une légitimation de son application,
Une reconnaissance sociétale de son « intervention »,
Une approche se voulant logique et dans une dynamique du pour et avec la population à qui elle s’adresse.

Mais, il nous faut bien admettre que malgré ces conscientisations et ces lois, l’action sociale nous est toujours présentée, non pas en rapport à sa finalité de lutte contre les exclusions, mais à un cadre de référence.

En effet, pour les professionnels, il y a ce qu’est ou pourrait être l’action sociale (permettre à l’handicapé, l’inadapté, au déviant, de vivre, de s’insérer, de réinsérer au mieux dans la vie de la cité), et ce qu’elle ne saurait être (des opérations plus ou moins ponctuelles n’ayant que peu de prise avec la réalité des populations concernées).

Pour les politiques, il y a ce que doit, pourrait être, l’action sociale en tenant compte de leurs dimensions propres (engagement pris, pressions de la population, réalité politique,  mandats électifs).

De fait, l’action sociale se trouve être la cible privilégiée d’une réflexion critique tant par des décideurs que par les professionnels, voire les bénéficiaires. Et ce, étant généralement dû à une présentation imprécise des finalités et d’une absence de communication pourquoi telle actions plutôt qu’une autre et  d’explicitations de l’intervention, qu’elles soient spécifiques, ciblées ou globales à court, moyen, et long terme.

Dés lors, et sans démagogie, avec le recul réflexif nécessaire  nous pouvons dire que :
- d’une part que l’action sociale a hérité d’éléments historiques non négligeables qui la rendent que partiellement apte à répondre de façon pertinente aux exigences de la réalité des difficultés sociales de ce début de siècle.

- d’autre part, nous constatons que rares sont les acteurs locaux et nationaux  capables d’expliciter précisément la philosophie de l’action sociale qui repose à notre avis sur trois niveaux distincts et indissociables, à savoir :

Le soin thérapeutique qui a pour objectif d’amener l’individu ou les personnes vers une « guérison »,

L’approche préventive qui se veut dépister, éviter, prévenir l’aggravation du mal, en mettant les outils les plus adaptés, adéquats, à la « disposition » des populations concernées,

L’aspect promotionnel qui lui se doit de veiller à l’amélioration de la condition humaine.

De fait, et nous le voyons bien, l’exclusion sociale pose le problème de la différence. Car, nous sommes renvoyés au problème du similaire et du singulier, du microcosme et du macrocosme.

La réalité de l’exclusion sociale, de la ségrégation urbaine voire de la discrimination nous oblige à prendre en compte la notion d’autonomie sociale. Généralement, un être autonome est celui qui est capable de faire des choix dans un espace de contraintes dans un cadre social donné et par la même de devenir un acteur de sa propre vie.

Les manifestations des exclusions se présentent, se jouent, en majeure partie, dans la non-insertion :
Non-insertion professionnelle,
Non-insertion dans un cycle de formation,
Non-insertion dans un quartier,
Non insertion dans …

Et nous constatons que ce qui n’est pas supporté et admis dans l’exclusion sociale, c’est la non-intégration aux divers dispositifs existants.

Aujourd’hui, l’évolution constante de la société entraîne de profondes mutations auxquelles nous nous devons de répondre. Cela signifie que, si nous admettons l’existence de besoins croissants en matière de lutte contre l’exclusion sociale, nous ne pouvons faire l’économie de les définir précisément, de les évaluer avec méthode, de définir des modes opératoires de fonctionnement, de mettre en œuvre des orientations, des axes d’intervention adapté à la réalité et par la même, de nous donner de véritables moyens pour que la lutte contre toute forme d’exclusion soit une entité globale tenant compte des spécificités.

Tirer partie des différences, des potentialités, du temps, pour parvenir à une harmonisation des réponses qui permettront d’insérer, de réinsérer les exclus, tel est le pari qui s’offre à nous.

C’est dans cet esprit qu’il nous faut avoir un véritable volontarisme républicain mettant en œuvre une action sociale évitant les saupoudrages et les visions angéliques, répondant véritablement aux besoins, s’adaptant aux mutations sociétales, ne générant plus elles-mêmes des processus d’exclusion et de ségrégation, acceptant le suivi, le contrôle et les évaluations.

Soyons aussi visionnaire que nos prédécesseurs, entre autres :

Monsieur La Rochefoucauld Liancourt, président du Comité de la mendicité en 1790 qui écrivait :

« On a toujours pensé à faire la charité aux pauvres, et jamais à faire valoir les droits de l’Homme pauvre sur la société et ceux de la société sur lui. L’organisation de l’assistance doit être prévue dans la constitution. La bienfaisance publique n’est pas une vertu compatissante, elle est un devoir, elle est la justice. Là où existe une classe d’hommes sans subsistance, là existe une violation des droits de l’humanité : l’équilibre social est rompu ».

Monsieur De Barère, qui au nom du Comité de salut public, déclarait devant la Convention (portant sur le droit des pauvres à la « bienfaisance nationale ») du 22 mai 1794 :

« Oui, je parle de leurs droits, parce que dans une démocratie…tout doit tendre à élever le citoyen au-dessus du premier besoin par le travail s’il est valide, par l’éducation s’il est enfant, par le secours s’il est invalide ou dans la vieillesse » 



Jean-Loup DUJARDIN