Les Chroniques des membres de La Gauche Moderne

Heures Supplémentaires : François Hollande confronté à l’économie de marché.

Publié le 21 Juillet 2012

Chronique de Christiane Reymann :

François Hollande confronté à l’économie de marché :

les heures supplémentaires mettent le Palais Bourbon en effervescence.


Le Président Hollande dit et répète qu’il re-fiscalise (et re-soumet à cotisations sociales) les heures supplémentaires pour que les temps de travail correspondants soient effectués par des chômeurs : un Président de la République gestionnaire du personnel des entreprises privées.
Le Ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social est muet.

L’encadrement de la durée du travail et le paiement des heures supplémentaires à 125% datent du Front Populaire. Ce sont des conquêtes majeures des ouvriers qui, jusqu’en 1936, travaillaient 12heures par jour, du lundi au samedi. 12heures par jour auxquels s’ajoutaient le temps de nettoyage des ateliers et des machines : 75heures par semaine, payés 72hres. Sans SMIC.
L’intervention de l’Etat, par légifération sur les horaires de travail, était donc, en 1936, indispensable pour garantir des conditions de travail décentes aux ouvriers.

76ans plus tard, l’encadrement de la durée du travail et du tarif des heures supplémentaires perdure, mais les conditions de travail et les niveaux de rémunération ont changé.

De « tout travail mérite salaire », les heures supplémentaires sont devenues le moyen, pour les entreprises, de disposer d’une petite marge de flexibilité dans l’organisation du travail. Une petite marge : les heures supplémentaires, fiscalisées ou non, restent règlementées dans leur amplitude journalière, hebdomadaire, pluri hebdomadaire.

Pourtant, depuis 30ans, la flexibilité est un élément central de l’organisation des entreprises qui durent. Elle consiste à ne produire que ce que l’entreprise est assurée de vendre. Cette gestion des stocks qui s’est généralisée nécessite une organisation du travail adaptée à chaque entreprise : les délais de réactivité ne sont pas les mêmes pour l’industrie lourde que pour les entreprises de service. A ces délais de fabrication s’ajoutent des variations saisonnières et des besoins en personnel dont les fluctuations diffèrent selon la taille des entreprises (source: DARES).

Je sais combien la règlementation des horaires de travail était importante en 1936.
Il n’est de semaine où je ne me souvienne de l’accident qu’a subi ma grand-mère paternelle, dans une filature mulhousienne, il a un siècle, à la fin d’une lourde semaine de travail. Un accident banal à cette époque : scalpée, un bras, un sein, une partie du thorax écrasés. Le bruit des machines était tel que mon grand-père, contremaître dans le même atelier, ne l’a pas entendue crier alors qu’il se tenait à quelques mètres d’elle: il n’a pu arrêter la machine qu’en la voyant. En fin de journée de 12hres, le foulard qui emprisonnait les longs cheveux des femmes se relâchait : il suffisait qu’une mèche de cheveux soit prise dans la machine pour provoquer de tels accidents, très fréquents. Les dames patronnesses, qui visitaient les accidentées au cours de leurs longs mois d’hôpital, leur reprochaient d’avoir voulu séduire les hommes en laissant tomber leurs cheveux.

Aujourd’hui le temps de travail n’est plus de 75hres hebdomadaires mais de 35hres et les machines sont sécurisées.

Aujourd’hui, il est vital pour l’économie et pour l’emploi, que les entreprises puissent moduler les amplitudes journalières et annuelles en fonction de leurs ventes.
Aujourd’hui, il est essentiel que les horaires de travail soient négociés dans les entreprises ou les branches. Entre directions et salariés concernés.

Il est du rôle de l’Etat de favoriser la démocratie sociale, pas de la paralyser au nom de la démocratie parlementaire.

Le dialogue social au plus près des acteurs concernés est essentiel pour l'emploi des salariés du secteur privé et moins coûteux que les 3,5Millards annuels de défiscalisation des heures supplémentaires.