Les Chroniques des membres de La Gauche Moderne

Cyberdéfence, nouveau pilier de la dissuasion

Publié le 27 Juillet 2012

Chronique d'Emmanuel Dupuy

Cyberdéfense, nouveau pilier de la dissuasion ? Révélateur d’une stratégie à écrire…

Alors que le rapport parlementaire rédigé et présenté il y a quelques jours, par le président de La Gauche Moderne et Sénateur du Haut-Rhin, Jean-Marie Bockel, venait rappeler que la France demeurait potentiellement sous la menace d’une cyber attaque d’ampleur, le Président de la République, François Hollande, confirmait la mise en place effective de la Commission chargée de rédiger un nouveau Livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale, quatre ans seulement après celui de 2008.

Il confirmait dans le même élan la « sanctuarisation » de la dissuasion nucléaire, transformant ainsi une promesse de campagne en décision essentielle afin de garantir notre sécurité et assurer le rang de la France dans le concert des Nations.

Sans remettre nullement en cause le coût de la dissuasion nucléaire - relativement raisonnable, eu égard aux 0,76 du PIB qu’elle consomme, il est désormais temps de considérer la protection des systèmes informatiques comme aussi vitale pour la sécurité des Français.

Comme les capacités militaires balistiques, savamment mis en place depuis les premiers essais au milieu des années 60,  répondent au principe du « Faible au Fou » - confirmant son caractère défensif et le principe de sa stricte suffisance- , une cyber-dissuasion française impliquerait de renforcer les moyens techniques, humains, financiers - trop faible en comparaison avec les dispositifs et la sensibilité de nos alliés à cet enjeu majeur pour leur sécurité nationale : 90 millions d’euros mis à profit par l’Agence nationale des systèmes d’informations (ANSSI) alors qu’aux Etats Unis, la cyber sécurité est un objectif stratégique et que le CyberCommand dispose d’un budget de 50 Milliards de dollars !

Une fois consolidée, cette stratégie défensive réglerait de facto les réflexions autour des capacités offensives. Là encore, la comparaison avec la dissuasion est pertinente : viendrait-il, en effet, à l’esprit de quiconque de douter de la capacité potentiellement offensive de cette dernière, compte-tenu des vecteurs qui en assurent sa crédibilité ?

Disposer d’une stratégie interarmées, d’une mobilisation interministérielle, associant les opérateurs d’importance vitale et renforcée par la garantie de la résilience des usagers, de plus en plus conscients des enjeux dans ce secteur, reviendrait à confirmer - à qui en douterait - que la France dispose des moyens technologiques de répondre à toute attaque dans l’espace cybernétique d’où quelle vienne.

Gradualité et proportionnalité d’une éventuelle réponse et infaillibilité quant à la traçabilité des attaques sont ainsi les deux axes d’efforts en direction desquels il convient de s’engager.

Au-delà de la technologie, c’est aussi d’intelligence, dont la France a aussi besoin, afin que le principe de dissuasion comprenne un nouveau pilier, cybernétique, qui loin de concurrencer la filière nucléaire pourrait suivre les mêmes voies qui en ont fait « l’assurance vie » de notre pays depuis le milieu des années 60.

C’est dans cette voie que le Livre blanc doit s’engager, en n’éludant aucunes de ces questions, notamment celle, essentielle de la définition d’une doctrine d’emploi réactive et d’une stratégie prospective en la matière, qui, clairement établie, pourrait être pour le futur, ce qu’a été la dissuasion nucléaire : un outil d’influence vis-à-vis de nos partenaires autant qu’un instrument de défense opérationnelle.

Dès lors, le paradigme sécuritaire auquel l’espace européen est confronté ne cesse d’évoluer au rythme de la variation des occurrences de la menace, dont celle dans l’espace cybernétique n’est pas la moindre.

L’Union européenne comme ses Etats membres doit ainsi définir, à la faveur d’un dialogue politique constructif, une vision, à la fois globale et commune, de leurs intérêts stratégiques et/ou de Sécurité, tant au plan intérieur qu’au plan extérieur.

Pour compléter ce point, cet apparent volontarisme politique n’a de sens que s’il rejoint une nécessité d’ordre « tactico-opératoire » concrète, à l’instar de la relance de l’idée d’un « Livre blanc sur la sécurité européenne», laissé quelque peu en jachère depuis le « non-endossement » de celui élaboré en mai 2004 sous l’égide l’Institut d’Etudes de Sécurité de l’UE, afin de faire face aux menaces nouvelles autant que diffuses.

Emmanuel DUPUY