Les Chroniques des membres de La Gauche Moderne

Chronique Marc d'Héré - Retraites: sortie de crise en vue

Publié le 22 Octobre 2010

Avec le vote prochain du Sénat, se termine une phase de la crise de la réforme des retraites, et commence la période de « sortie de crise », qui, comme chacun le sait, est une période délicate. A ce stade, on peut faire une sorte de bilan d’étape, et mettre en évidence le chemin menant à la fin de cet épisode protestataire et teinté d’archaïsme.

Un constat évident, les syndicats n’ont pas été capables d’amplifier leur mouvement qui, au contraire, s’est affaibli depuis la rentrée de septembre. Un million cent mille manifestants lors de la dernière manifestation c’est le même nombre que le 7 septembre, mais avec un afflux d’adolescents alors qu’il n’y en avait pas le 7 septembre. Le nombre de salariés diminue donc. Dans le même temps le nombre de grévistes s’effondre,  divisé par deux.

Le  recul de la mobilisation des salariés va de pair avec une tentative d’entraîner d’autres populations dans l’action (jeunes et adolescents) avec une radicalisation concrétisée par le développement de blocages (notamment dans le domaine de l’énergie), d’atteintes à la liberté de travailler et d’étudier, et par endroits, par le  recours à la violence et au vandalisme. Ces tentatives sont en train d’échouer, les manifestations d’étudiants et de lycéens, noyautées par des militants extrémistes et  violents,  sont relativement peu mobilisatrices et le gouvernement s’est enfin décidé à agir contre les blocages intolérables dans une démocratie.

Dans le même temps, il faut le reconnaître, l’opinion continue, si l’on en croit quelques sondages, à soutenir le mouvement d’opposition à la réforme (même si ce soutien s’effrite).

C’est compréhensible. D’abord, il y a une situation générale- sans doute provisoire mais réelle -  d’opposition à Sarkozy qui fait que dans  tout sondage réalisé en ce moment, quel que soit le sujet, les opinions négatives ou critiques sont majoritaires.   Par ailleurs,  travailler deux ans de plus ne fait pas plaisir et même s’ils en reconnaissent la nécessité, les Français expriment leur malaise et leur mécontentement en disant «  oui, on  soutient ceux qui sont contre ». Il s’agit d’une espèce de « soutien virtuel »,  qui  ne donne d’ailleurs lieu à aucune manifestation positive quelconque ! Et soutien d’autant plus facile que les syndicats et les socialistes n’expriment que du négatif, qui permet de rassembler bien mieux et bien plus largement que par la proposition de  solutions qui immanquablement provoquent la division. Ne proposant rien, socialistes et syndicats engrangent des soutiens…éminemment fragiles.

Ce fragile soutien de l’opinion est dû aussi au manque de pédagogie du gouvernement. Malgré leurs qualités, Eric Woerth et François Fillon n’ont pas su trouver les arguments permettant de défendre leur réforme. Deux exemples.

Socialistes et syndicats ont su faire passe l’idée  selon laquelle, le gouvernement serait resté intransigeant, refusant d’avancer ou de faire évoluer son projet. Les Français en sont persuadés, alors que c’est faux. Il était facile de montrer toutes les avancées réalisées par le gouvernement par rapport à son texte d’origine (sur la pénibilité, les carrières longues, les handicapés, le cas des mères de famille…sur la participation supplémentaire des hauts revenus au financement !). Il aurait été utile de rappeler que ces avancées ont été telles que sur les 700.000 personnes partant en retraite chaque année, 200.000 continueraient à partir à 60 ans ou à 65 ans sans décote.

Autre argument erroné que l’on n’a pas su contrer. Celui, répandu auprès des jeunes,  selon lequel si les « vieux » travaillent 2 ans de plus, ils auront moins de possibilités d’emploi. Il était facile d’expliquer que plus il y a de monde au travail, plus il y a de richesse, de croissance et plus il y a d’emplois. D’ailleurs si l’argument utilisé par les syndicats était vrai, il y aurait dû y avoir des centaines de  milliers d’emplois supplémentaires quand Mitterrand a fait passer l’âge de  la retraite de 65 à 60 ans…Or le chômage a très fortement augmenté !

Tout cela le gouvernement n’a pas su le dire ni le faire admettre.

Comment va se passer la sortie de crise ? On commence à le deviner. Une porte de sortie s’ouvre pour les syndicats dans laquelle ils vont s’engouffrer, le texte de l’intersyndicale d’hier le laissant augurer.

Les syndicats ne peuvent pas cesser brutalement et sans perspective, leurs manifestations.  Sans abandonner totalement le sujet des  retraites, il leur faut passer en douceur à d’autres thèmes de contestation.  Il déclarent incidemment, dans leur déclaration d’hier, que leur opposition va au-delà des retraites, et porte sur des sujets comme l’emploi, les conditions de travail…

Petit à petit, on admet donc qu’une fois la loi votée et promulguée (vraisemblablement au lendemain de la manifestation du 6 novembre), les futures mobilisations éventuelles porteront donc essentiellement sur ces autres sujets (sans abandonner totalement, ni trop vite l’opposition à la réforme des retraites…).

Or, justement pour permettre cette « sortie par l’élargissement », le gouvernement propose que soit rediscuté dans les toutes prochaines années un nouveau système de retraite pas points…Et puis, le nouveau gouvernement, comme Alain Juppé (qui en fera partie) en a déjà lancé l’idée, proposera de larges concertations avec les partenaires sociaux sur l’emploi des jeunes notamment…Tout laisse à penser que les syndicats seront heureux, après encore quelques turbulences pour la galerie,  d’aborder de manière revendicative ces autres sujets, de demander des négociations (que le gouvernement est tout prêt à leur accorder), de saisir cette occasion de sortir pas trop abimés de ce conflit…

Encore quelques semaines délicates, au cours desquelles le gouvernement devra se montrer à la fois ferme, pédagogue et  ouvert, et on pourra passer à autre chose.


Marc d’Héré