Les Chroniques des membres de La Gauche Moderne

Chronique de Simon-Pierre Trezeguet : 35 heures

Publié le 04 Janvier 2011

Les 35h ont été une réforme catastrophique pour la France et pour la grande majorité des Français.  La réduction arbitraire et brutale du temps de travail a certes, mécaniquement, entraîné des créations d’emploi dans l’année qui a suivi la mise en place de la mesure (200 000 environ alors qu’on est autour de 2 millions de chômeurs).

En revanche, à moyen terme, elle a sapé la productivité des entreprises sur les marchés internationaux, faisant perdre aux entreprises françaises des parts de marchés, et donc détruisant par là des emplois.

Elle a aussi sapé le pouvoir d’achat des bas salaires.  En échange des 35h, les employeurs ont souvent mis en place une annualisation des horaires qui a réduit significativement les heures supplémentaires dont bénéficiaient surtout les bas salaires.  Les 35h ont aussi eu pour effet de faire disparaître les augmentations générales des salaires, maintenant de nombreuses personnes au SMIC.  Plus grave encore, les salaires n’augmentant pas, sauf le SMIC par voie réglementaire, une part croissante des salariés s’est retrouvée ‘rattrapée’ par le SMIC ajoutant à la perte de pouvoir d’achat un sentiment de déclassement (cf. la part accrue des salariés au SMIC dans la population active).

Bref, mesure catastrophique dont la France n’est pas encore sortie au bout de 10 ans.

Pourtant, faut-il déverrouiller les 35h comme le préconise Manuel Valls et si oui comment le faire ?

Chaque changement de législation induit des coûts et des complexités importantes pour les entreprises comme pour l’Etat.  Certaines organisations sont passées au 35h en y trouvant leur compte ; d’autres en souffrent encore car la productivité en France n’a pas cru suffisamment vite pour rattraper cet écart d’autant qu’en Allemagne, des réformes de fond étaient entreprises pour diminuer le coût du travail.

Il apparaît donc qu’il est sans doute temps de laisser aux partenaires sociaux, et plus précisément aux partenaires sociaux dans les entreprises, le soin de discuter de l’opportunité de modifier la durée du travail.  L’Etat de son côté doit jouer son rôle, avec les partenaires sociaux, en réfléchissant aux moyens d’améliorer significativement l’efficacité des dépenses sociales pour pouvoir abaisser les prélèvements obligatoires.

Mais l’Etat ne doit pas (plus) se mêler de tout, ni changer la règle du jeu en permanence.  Il faut de la stabilité pour les investisseurs.  Il faut aussi de la souplesse et du cas par cas.  En la matière, la décentralisation de la décision au niveau des acteurs concernés nous semble plus indiquée.  Et si l’Etat laissait aux partenaires sociaux la possibilité de signer des accords dérogeant aux règles sur le temps de travail ? Et si des employés se mettaient d’accord avec leur employeur pour un temps de travail de 39 heures moyennant d’autres compensations qui feraient sens dans l’entreprise en question, mais pas forcément adressable au niveau national (fourniture de tenues de travail, horaires décalés, compensations améliorées pour le travail de nuit, mise en place d’une cantine ou d’une crèche, de transport en commun de/vers la gare la plus proche, etc.) ?

Et si l’Etat, plutôt que vouloir tout réglementer, redevenait le garant de quelques règles du jeu dont les partenaires sociaux pourraient se saisir pour, enfin, discuter ensemble de la compétitivité de nos entreprises et du bien-être des salariés ?