Les Chroniques des membres de La Gauche Moderne

Chronique de Marc d'Héré : Sarkozy et la stratégie du deuxième tour

Publié le 07 Octobre 2010

Nicolas Sarkozy sait qu’il y a deux tours à l’élection présidentielle.

Pour être élu, il sait qu’il aura besoin au tour décisif,  d’un bon report des voix  des électeurs d’extrême droite comme de ceux appartenant à la mouvance « écologico-centriste » c'est-à-dire de  ceux qui, au premier tour, auront voté pour Marine Le Pen d’une part,  pour Bayrou et Eva Joly d’autre part.

Parce qu’il a lu « Horace » de Corneille, il sait aussi que la meilleure manière de régler plusieurs problèmes est de les aborder l’un après l’autre.

La séquence « sécuritaire » de cet été, prolongée par l’activisme de Brice Hortefeux et le travail de fond d’Eric Besson, était destinée  au premier de ces deux électorats. Sans rien renier de ses convictions, sans remettre en cause son action,  c’est par quelques mots, quelques attitudes qu’il s’est adressé aux électeurs d’extrême droite.
Aidé aussi par la sottise de Viviane Reding, qui lui a permis de se montrer ferme face aux empiètements et aux injures d’une  Commission Européenne, détestée par ce même électorat, il a certainement, sans rien abandonner d’essentiel,  marqué des points. Non pas pour détacher ces électeurs du Front National, pour qui ils continueront à voter au premier tour, mais pour s’assurer du bon report de leurs voix au second. La chose paraît entendue.
Quelques légères piqures de rappel seront sans doute nécessaires quelques mois avant l’élection, mais l’objectif est atteint : Nicolas Sarkozy devrait bénéficier d’un bon report de ces voix qui auraient pu être tentées par l’abstention.

Reste la deuxième opération, qui sera plus longue mais  plus facile et  évidente, car correspondant à ses convictions  sociales-libérales, et à la politique menée durant les premières années du quinquennat. Il devrait donc pouvoir aisément agir  pour  convaincre les « écolos-centristes » sans déplaire à la droite traditionnelle qui, si elle ne correspond pas tout à fait à ses convictions profondes,  représente la base de son électorat, et formera sans doute l’essentiel du vote Sarkozy du premier tour.

Cette deuxième étape pourrait commencer par la nomination de Jean-Louis Borloo au poste de Premier ministre (ou au minimum par des fonctions ministérielles élargies), et peut-être, espérons-le,  par le maintien, ou même la promotion  du seul  ministre d’ouverture à avoir fondé un parti politique de centre gauche, actif et soutenant la majorité : Jean-Marie Bockel, président de  La Gauche Moderne.
Puis, pourront être  prises des mesures, conformes au programme de Nicolas Sarkozy, et   allant dans le sens de ce que souhaite et attend cet électorat centriste : de la réforme de la dépendance, aux mesures de limitation des déficits, d’  une réforme fiscale permettant une plus grande justice sociale à la défense des agriculteurs …Les possibilités sont diverses, elles seront mises en oeuvre.

Tous ceux qui, se basant sur le niveau actuel des sondages, prédisent une défaite de Nicolas Sarkozy à la future présidentielle, et de la majorité aux législatives, font une analyse à courte vue. S’il sort dans de bonnes conditions de la difficile mais nécessaire réforme des retraites, ce qui aujourd’hui paraît vraisemblable,  Nicolas Sarkozy pourra regarder l’avenir et les futures élections nationales avec confiance. Et nous aussi.

Marc d’Héré