Les Chroniques des membres de La Gauche Moderne

Chronique de Marc d'Héré - Retraites : une journée de clarification

Publié le 24 Septembre 2010

Cette journée de revendication a été marquée  par une baisse sensible de la mobilisation contre la réforme des retraites, par rapport à la journée du 7 septembre qui, elle-même, n’avait pas été extrêmement forte.

Nette baisse du nombre de grévistes, dans tous les secteurs : 37% à la SNCF contre 43% le 7 septembre, moins de 20% dans la fonction publique d’Etat contre 25% 15 jours plus tôt, 25% contre 32% à France Telecom, 16 contre 22% à la RATP…etc…etc…

Baisse aussi du nombre de manifestants qui atteignent, si l’on en croit les chiffres officiels, à peine le million, (seulement 65.000 à Paris !)  contre plus d’1,1 million le 7 septembre.

Bien entendu les syndicats, qui reconnaissent (comment faire autrement ?) la baisse du nombre de grévistes, citent eux  des chiffres de participation aux manifestations astronomiques. Aucune polémique ne s’engagera sans doute avec eux sur ce point, le gouvernement et le Président ayant intérêt à se garder de tout triomphalisme et à ne pas faire perdre la face aux partenaires sociaux. On en restera donc pour cette journée au commentaire convenu selon lequel la participation importante donne au gouvernement un devoir d’écoute et de prise en compte, autant que faire se peut, de ce qui s’est exprimé.

Mais tout le monde sait bien quelle est la réalité.

Alors que peut-il se passer maintenant ?

Le plus sage pour la CGT (et la CFDT qui la suit gentiment et fidèlement) serait d’arrêter les frais et de se remettre à négocier avec le gouvernement et les sénateurs pour obtenir de nouvelles avancées destinées à rendre plus juste le projet gouvernemental.

Ce serait le plus sage et le plus efficace, on peut donc penser qu’ils  choisiront une autre voie.

Poussés notamment par la partie la plus radicale du parti socialiste (Martine Aubry, qui a tant varié sur ce sujet,  n’allait-elle pas, hier, jusqu’à envisager des manifestations de rue, même après que la loi ait été votée !), sans doute vont-ils donner un prolongement à leur action.  Ayant bien pris conscience de la diminution du nombre de grévistes, ils choisiront vraisemblablement de manifester le week end,  donc sans appel à la grève, et en comptant sur l’apport de l’ensemble des militants et  sympathisants de gauche, qui, pour peu qu’il fasse à peu près beau, viendront en famille, crier leur opposition au Président et leur demande de retrait de la réforme des retraites, pour que, surtout,  rien ne change. Cela permettra-t-il de dépasser le million de participants, on peut le penser (ou alors c’est à désespérer du peuple de gauche !) et peut redonner un petit deuxième souffle au mouvement…Mais exigera une quatrième manifestation pour le vérifier…

D’autres, très minoritaires, choisiront sans doute de radicaliser le mouvement et il n’est pas impossible que l’on vive jusqu’au vote définitif de la loi, sur fond de grèves reconductibles, et de manifestations plus ou moins violentes. Mais cela devrait rester marginal.

Le gouvernement, soutenu par la majorité,   poursuivra son travail de pédagogie, continuera à négocier en sous-main avec la CGT et la CFDT, et à poursuivre ses  aménagements, dans le sens d’une plus grande justice, en  acceptant  au Sénat quelques amendements significatifs sur les trois points de la pénibilité, des carrières longues et du cas des personnes ayant subi de longues interruptions, qui pour la plupart sont des femmes. Je souhaiterais, pour ma part qu’il décide aussi de faire davantage participer au financement les hauts revenus et les revenus du capital.

Quoi qu’il en soit, il est assez clair aujourd’hui que,  sauf catastrophe imprévisible ou maladresse insigne et malgré quelques difficultés qui ne manqueront pas d’apparaître,  le projet de réforme des retraites doit être  voté et appliqué.

Peut-être pourra-t-on dater de ce deuxième  jour d’automne, le début de la deuxième partie du quinquennat, celle du rebond.

Marc d’Héré

P.S. Dans ce combat  contre la réforme des retraites, François Chérèque aura parachevé ce à quoi il s’attache - involontairement mais obstinément –  depuis des mois : la quasi disparition de la CFDT. En calquant ses déclarations et son action sur celles de la CGT, il a fait totalement disparaître la particularité, l’intérêt et l’utilité de son organisation. On se demande bien ce qui pourrait pousser un salarié normalement constitué à choisir d’adhérer à la CFDT plutôt qu’à  la CGT, à la copie plutôt qu’à l’original,  et plutôt qu'au meneur au pâle accompagnateur.