Les Chroniques des membres de La Gauche Moderne

Chronique de Gérard Delahaye : Laïcité

Publié le 19 Décembre 2010

Laïcité : quand la République reprend des couleurs, les socialistes se prennent les pieds dans le tapis de prière !

Certaines coïncidences d’agenda éclairent le paysage politique d’une manière aussi ironique qu’édifiante.
Après la tempête polémique suscitée par le vocable d’occupation dont a usée malignement Marine Le Pen afin de circonvenir définitivement son challenger interne Bruno Gollnish, un évènement très important pour l’honneur et la continuité de la République a véritablement changé la donne.
Les socialistes, à quelques notables exceptions n’en ont évidemment pas pris la mesure.
Je veux parler de la décision salutaire rendue par le Conseil des Prud’hommes de Mantes la jolie. Cette vénérable juridiction a confirmé le licenciement d’une employée de la Crèche Baby  Loup qui refusait d’ôter le voile dans un établissement dont la directrice –une réfugiée chilienne peu suspecte d’admiration pour la famille Le Pen- avait refusé de céder à la pression d’un islamisme prosélyte et hostile aux règles du vivre-ensemble.
Ce sont donc les juges du travail, élus au sein des collèges qui regroupent les différents partenaires sociaux qui ont dit le droit au nom du peuple français.
La Gauche Moderne et l’ensemble des républicains pour qui la laïcité transcende les appartenances particulières, les héritages subis ou imposés, les enfermements communautaristes ont des raisons de se réjouir.
Pour ceux d’entre nous qui entendu Jean-Louis Borloo invoquer ce principe avec éloquence lors du bien nommé Diner de la République, le signal de la reconquête républicaine des esprits a retentit.
Comme disait Bob Dylan, les temps changent, mais le PS n’ a pas remis sa montre à l’heure, englué qu’il est dans l’impasse du multiculturalisme qu’il considère à tort comme la voie vertueuse de la tolérance et du respect de la pluralité culturelle.
C’est une victoire de la loi commune en tant qu’elle garantit les libertés fondamentales face à une offensive visant imposer  la loi d’un particularisme religieux sur des populations reléguées dans les quartiers qualifiés par euphémisme de difficiles.
Cette décision clôt le triste feuilleton des petits arrangements et des grands renoncements qui avait notamment conduit la Halde -alors dirigée par Louis Schweitzer- à considérer que le licenciement précité en portant atteinte à la liberté religieuse revêtait un caractère discriminatoire.
Mais la liberté de conscience ne pouvant se confondre avec la liberté religieuse, gageons que la Halde va devoir revoir sa copie, comme l’y incitait d’ailleurs avant son entrée au gouvernement son ancienne et lucide présidente Jeannette Bougrab. Gageons aussi que Baby Loup va faire jurisprudence afin de garantir au sein de l’espace public, des services dédiés à l’intérêt général  mais aussi dans les entreprises privées la même règle d’égalité pour toutes et tous : celle d’une neutralité qui garantit l’idée d’un monde commun.

Mon propos pourrait s’arrêter là si le groupe socialiste de l’Assemblée n’avait pris l’initiative d’organiser « des rencontres de la laïcité », louable initiative dont on eût pu attendre une sorte de clarification.
Martine Aubry qui s’est pourtant illustrée à Lille par l’octroi de créneaux horaires dans les piscines municipales, spécifiquement dédiés aux femmes musulmanes a eu beau administrer un sermon professoral et multiplié les attaques contre le Président de la République, coupable de tout y compris de l’hiver et du verglas- s’est bornée à gloser sur le respect des différences et la personnalisation des réponses. Là où la laïcité crée une communauté politique de citoyens indistincts,  Martine différencie au nom de l’égalité réelle, cette supercherie conceptuelle très en vogue au sein du PS que l’on doit à l’estimable et ambitieux Benoît Hamon. Une vraie rupture épistémologique, cachez moi cette égalité républicaine si factice, si incantatoire et surtout si contraignante puisqu’elle associe droits et devoirs. Remisez moi cette République archaïque dans le grenier des ringardises pour fouler le vert pâturage  d’une démocratie culturelle ouverte sur la pluralité ! Puisque la formule de midi est trop contraignante, le PS nous prône une laïcité à la carte. Preuve suprême de son inanité, de son incompréhension et de sa rupture avec le modèle républicain ! Le PS ne se prend pas la tête, si les musulmans du 18ème prient ostensiblement dans la rue le vendredi, c’est qu’il faut construire encore et encore des mosquées. CQFD ! Le danger de l’intégrisme en France c’est le catholicisme évidemment, l’islamisme lui c’est une conséquence des discriminations et pourquoi pas une expression déformée de la révolte sociale, pendant qu’on y est. Mais il est vrai qu’au PS le pire n’est jamais loin, il suffit d’attendre ! Puponi est si j’ose dire le cas d’école puisque pour lui seule la multiplication des concessions notamment culinaires aux communautarismes serait susceptibles de revitaliser l’école publique. La gestion des communautarismes, tel serait la mission principale de l’élu local pour qui évidemment l’idée de nation républicaine devient totalement superflue. Derrière ce galimatias, ces pitreries, voici le PS tel qu’en lui-même empêtré dans ses renoncements d’hier –les jospineries du foulard de Creil- ses atermoiements d’aujourd’hui, -les contorsions déployées lors de la loi sur la burqa, le multiculturalisme érigé en courtoise gestion des différences.
Le PS n’a pas de goût pour le réel. S’il est prompt à dénoncer les dérives populistes, il en occulte les racines qu’il ne veut pas voir. Ce serait admettre qu’il n’a cessé de se tromper depuis plusieurs décennies et qu’il a creusé un fossé d’incompréhension entre lui et l’électorat populaire. Ce serait admettre que Marine lui doit une fière chandelle.
Ce serait reconnaître qu’il a pris une telle distance avec le modèle républicain qu’il n’en comprend plus le sens, qu’il n’en ressent pas l’actualité !
Pour la Gauche Moderne et pour tous les républicains c’est une bonne raison de persister à remettre le modèle républicain au cœur du débat politique de l’élection présidentielle. Les conditions le permettent, mais quand le sage indique l’horizon républicain, le PS regarde le doigt.
La Gauche Moderne, aile gauche, républicaine et laïque de la majorité  saura faire montre quant à elle d’une bien meilleure acuité visuelle !