Les Chroniques des membres de La Gauche Moderne

Chronique de Christophe Chomant : Le riche vole-t-il le pauvre

Publié le 06 Juin 2012

Chronique de Christophe Chomant : Le riche vole-t-il le pauvre ?

À l’occasion d’un tractage sur un marché, je discute avec des communistes, qui m’expliquent que s’il y a un riche et un pauvre, c’est que le riche a volé le pauvre.

Je ne suis pas d’accord.

La « richesse » n’est pas un « gâteau fini » (ou un camembert) qui se répartirait entre les riches et les pauvres. La richesse ne se répartit pas entre les riches et les pauvres à la façon des vases communicants.

La « richesse » (c’est-à-dire la production de biens ou de services, qui se monnaye ensuite sous forme d’argent) est produite par chacun d’entre nous, à différents degrés, en différentes quantités. Certains créent beaucoup de richesses, d’autres en créent moins, d’autres encore n’en créent pas du tout (et ne survivent que grâce à la solidarité collective).

Supposons qu’Alain, dans son jardin, plante un pommier. Bernard, dans son propre jardin, se repose dans sa chaise longue. Un an plus tard, Alain récolte un kilo de pommes ; Bernard, rien. Alain est riche d’un kilo de pommes ; Bernard en est démuni.

Peut-on dire qu’Alain a volé Bernard ? Non.

Peut-on dire que Bernard a le droit de réclamer à Alain la moitié du kilo de pommes, et qu’Alain a le devoir de partager ses pommes avec Bernard ? Non plus.

Le kilo de pommes est propriété d’Alain et fruit de son travail. Il en fait ce que bon lui semble. Libre à lui de le partager ou non.

Vue depuis l’extérieur, la différence de situation entre Alain et Bernard pourra sembler « injuste » à certains. Il n’en reste pas moins qu’Alain n’est ni un escroc ni un voleur, et que Bernard de son côté n’est pas une victime. Il n’est « victime » en tout état de cause que de son inaction et de son improductivité.

Il existe certes des situations où une personne est immensément riche sans avoir fourni beaucoup d’effort, et où inversement des personnes travaillent durement sans gagner beaucoup d’argent. Ce sont là des injustices, que la société a lieu de corriger par une relative redistribution des richesses.

Mais dire que, dans la société, « s’il y a un pauvre et un riche, le riche a volé le pauvre » n’est pas vrai, n’est pas représentatif de la façon dont se créent les « richesses ».

À ce titre d'ailleurs, une société qui s’évertue à spolier les riches (comme le revendique l’extrême gauche) peut appauvrir les pauvres (si c’était ces riches qui créaient des emplois pour les pauvres). Cependant qu’inversement une société qui autorise la richesse peut enrichir les pauvres (si les riches y sont incités par exemple à créer de l’emploi).

La « richesse » n’est pas un « gâteau fini » qui se répartirait entre riches et pauvres à la façon des vases communicants. C’est un « feu » individuel qui s’agrège de façon collective, et peut s’étendre et se démultiplier (dans une économie de marché)… ou bien s’étioler et mourir (dans une économie dirigée).

Pour qui voudrait réfléchir plus avant sur les inégalités et les jalousies sociales, lire le chapitre « Égalité, envie, exploitation, etc. », dans l’ouvrage de Robert Nozick, Anarchie, État et utopie (1974).