Les Chroniques des membres de La Gauche Moderne

Chronique de Christophe Chomant : Le programme du PS

Publié le 07 Avril 2011

Le programme du PS

Il est intéressant de lire le « programme » du PS pour comprendre ses difficultés répétées – et annoncées – aux élections nationales (présidentielles et législatives), à travers quelques exemples :
- 300.000 « emplois d’avenir » : est-ce dans l’administratif ou le social que la France a besoin d’emplois ? Que deviendront au bout de cinq ans ces emplois artificiels assistés ? C’est au contraire dans les entreprises qu’il faut créer des emplois réels et durables ! Comment ? En réduisant les charges sociales - en France les plus élevées d’Europe. Comment réduire ces charges ? En maîtrisant les dépenses publiques.

- Allocation d’autonomie : les jeunes ont-ils plutôt besoin d’être assistés aux frais du contribuable... ou de trouver un emploi durable et indépendant ? Il est certain qu’une telle promesse, plus inspirée par la démagogie que par la réponse à un réel besoin, fera gagner des électeurs.

- Re-qualification des stages en contrats de travail : cette contrainte, en réalité, dissuadera les entreprises de former des stagiaires. Les véritables contrats de travail ne se multiplieront  de façon réelle et naturelle que par un allègement des charges pesant sur les entreprises.

- Fiscalité : gérer correctement un État c’est d’abord apprendre à dépenser moins – ou mieux – avant que d’augmenter les taxes. Il faut sortir du déficit public notre pays, champion du monde en la matière, qui n’a même plus aujourd’hui les moyens de politiques sociales ou culturelles dignes de ce nom.

- Sortir du « tout-nucléaire » : c’est bien sûr très populaire et électoraliste dans la dynamique de l’accident du Fukushima, mais il faudra alors remplacer l'atome par des énergies qui ne défigurent pas le paysage, ni ne provoquent d’effet désastreux sur les ressources de la planète, ni ne coûtent plus cher que ce qu’elles produisent. Question : lesquelles ?

- TVA écomodulable : idée sympathique a priori. Mais quel sera par exemple le taux appliqué à chacune des pièces d’une automobile ? Cette idée de « bon sens » apparent est en réalité inapplicable.

- Médecins en zones rurales : le rééquilibrage se fera plus sûrement par une modulation des rémunérations (vis-à-vis des spécialistes et généralistes de zone urbaine) que par une contrainte exercée sur les médecins sortants.

- Recrutement de policiers et de magistrats : cette promesse coûteuse rapportera à coup sûr des électeurs. Ce sont pourtant une meilleure utilisation des forces de l’ordre et une application plus stricte des peines qui seraient les mieux à même de réduire le sentiment d’insécurité des populations.

- Priorité à l’école primaire et à l’université : le nœud du problème se situe plutôt au niveau du « collège unique », où règnent souvent marasme et violence, où les enseignants ne peuvent plus exercer correctement leur profession, ni les élèves (notamment de milieux défavorisés) épanouir pleinement leurs potentialités. Les élèves en difficulté ou décrocheurs au collège doivent pouvoir être aidés au sein de groupes de soutien ou par de l’apprentissage en alternance.

En résumé, aux côtés de propositions sympathiques et intéressantes, le programme du PS présente un certain nombre de mesures plus marquées par l'électoralisme et la démagogie que le réalisme et le sérieux. Or on sait, par l’expérience de terrain, que nombre de citoyens votent FN parce qu’ils sont désabusés des promesses irréalistes et démagogues des dirigeants du PS, généralement moins lucides que leurs élus de base. On peut donc être assuré, à la lecture de ce "programme", que la droite et l’extrême droite ont encore de beaux jours devant elles.

On notera également que l’annonce du programme PS précède la désignation de son candidat aux présidentielles. Ceci signifie que les primaires consisteront moins en un débat d’idées qu’en un combat de coqs se disputant un mauvais programme déjà ficelé : ni franchement communiste, ni franchement social-démocrate, gloubi-boulga des deux, c’est-à-dire incohérent. Les électeurs jugeront...

Christophe Chomant,
La Gauche Moderne 76