Présidentielle - Bockel : « Ne pas oublier la solidarité »

Jean-Marie Bockel, vous êtes sénateur du Haut-Rhin (Gauche moderne) : l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy sur un positionnement très à droite remet-elle en question votre soutien au chef de l’État ?

J’ai lu sans a priori idéologique l’entretien qu’il a donné au Figaro Magazine. Je n’ai pas vu que le président chassait sur les terres du Front National, mais qu’il voulait chasser le FN de ses terres.

Deux points sensibles ont suscité des réactions très excessives. Concernant le chômage, l’idée que la période d’indemnisation ne soit pas passive ne stigmatise pas les chômeurs, au contraire. On n’a pas fait tout ce qu’il faut pour préparer les gens à retrouver de l’emploi ; la réforme de la formation professionnelle est un vieux serpent de mer. La façon dont sont dépensés les 30 milliards d’euros qui y sont consacrés est un scandale français, puisque seulement 10 % des chômeurs en profitent.

Pour lever les blocages, un référendum peut être utile, mais pas indispensable si les partenaires sociaux s’entendent. Cela correspond à l’obsession de Nicolas Sarkozy de réformer sans violence.

L’autre point sensible, c’est la modification des règles en matière d’immigration…

J’ai toujours été constant pour condamner la non-maîtrise des flux migratoires. De surcroît, en période de crise, l’intégration par le travail est plus difficile. Mais en tant qu’avocat et ancien secrétaire d’État à la Justice, je suis réservé sur l’idée que la justice administrative soit seule compétente en matière d’immigration.

Dans notre pays, toutes les personnes, étrangers et nationaux, doivent relever du même droit, garanti par la juridiction judiciaire. Il y a parfois des contradictions sur la question des expulsions, qui relève aussi de la juridiction administrative, je comprends donc le souhait de clarifier les choses. Si cela suppose de modifier la Constitution, et donc éventuellement de passer par un référendum, j’attends des éclaircissements sur ce point.

Qu’attendez-vous d’autre de la part du président ?

Je n’ai aucun problème avec les valeurs de travail, de responsabilité et d’autorité qu’il défend. Je demande juste qu’il ajoute la solidarité. Et avec le « Comité national pour une France moderne et juste autour de Nicolas Sarkozy », que nous allons lancer jeudi avec des élus Gauche Moderne, Radicaux et Nouveau centre, nous ferons des propositions en ce sens.

Je l’ai dit à Nicolas Sarkozy : il est normal de vouloir rassembler son camp, la droite, au premier tour, mais cela ne suffira pas. Notre appui est donc symboliquement important. Et je fais le pari que pendant la campagne, le président saura s’inspirer de notre sensibilité plus sociale.

Propos par Recueilli par Simon Barthélémy sur lalsace.fr le 12 févier 2012