Parti Socialiste: la rénovation en panne

Depuis mai 2007, le PS ne cesse de  parler de sa  « rénovation » et notamment de la rénovation de ses idées et de son projet…Et depuis 3 ans rien n’est venu.  Rien jusqu’à ces derniers jours où il rend public deux éléments sensés concourrir à cette rénovation : son « nouveau modèle de développement»  et ses « propositions » pour les retraites.

Il faut les lire : sauf à être militant socialiste ou journaliste du Monde (ou les deux), on ne peut y trouver la moindre trace de rénovation…

Prenons d’abord le projet ou comme ils disent en toute modestie « le modèle » ! Ce document  a été, avant d’être soumis aux militants, adopté à l’unanimité de  la direction du parti ce qui, dès l’abord, rend méfiant sur sa cohérence.

Certaines des pistes indiquées se contentent de suivre (en les dénaturant  souvent) des directions fixées par Nicolas Sarkozy voire de reprendre des mesures qu’il met en place :  développement d’une politique industrielle (mais en lui donnant un caractère trop dirigiste),  protection de l’environnement (en ayant du mal à aller plus loin que le Grenelle), réduction des niches fiscales, contrôle accru des banques et incitation à soutenir les PME,  réforme de la formation, nouvelle gouvernance européenne …

D’autres pistes sont marquées par l’archaïsme : accroissement des emplois aidés, prises de participations importantes de l’Etat dans l’économie, hausse des impôts, alourdissement du carcan fiscal et réglementaire sur les entreprises…

D’autres correspondent à des « promesses » floues et bien difficiles à concrétiser : cette fumeuse  société du « care », ou, plus concrètement la baisse ciblée de la TVA, quand on sait qu’il faut l’accord des 27 pour le faire, et que ceux-ci ont précisé qu’il n’y aurait plus de dérogations !

Enfin, et c’est le plus grave, si les socialistes reconnaissent la nécessité de réduire les déficits et la dette, ils sont loin d’en prendre les moyens.
Ils refusent de poursuivre la politique de limitation des dépenses publiques engagée par la majorité actuelle. Au contraire, tout ce qu’ils disent sur le manque de moyens (dans l’éducation, la santé, la sécurité, les transports publics, les collectivités locales, et autres administrations…) et la prétendue faiblesse de la relance, laisse penser qu’ils augmenteront fortement la dépense publique.

Evidemment,  prétendre réduire le déficit, tout en augmentant les dépenses, exigerait une considérable augmentation des recettes  en utilisant deux leviers :

L’impôt d’abord et surtout, et ils ne s’en cachent pas.  Et cette forte augmentation reposera largement sur les classes moyennes :  on peut d’autant moins faire autrement que la taxation des gros revenus, des bonus et de l’épargne serait  utilisée pour financer les retraites (voir plus loin propositions du PS sur les retraites)…On ne peut pas, camarades socialistes, faire servir deux fois les mêmes recettes….

Reste la croissance qui devrait être extrêmement forte, compte tenu de ce qui précède, pour réduire un tant soit peu le déficit,   mais malheureusement les augmentations d’impôt (et les évasions fiscales qu’elles produiront), les carcans nouveaux imposés aux entreprises, la reprise de la limitation du temps de travail avec notamment la suppression de la TEPA, et la tendance à l’étatisation ne préjugent rien de bon en ce sens…

Tout cela est incohérent, mais, on trouve encore pire dans les « propositions » pour les retraites.

Les socialistes sont, pour les retraites, dans le déni de réalité et l’abandon de leurs principes : ils  refusent de prendre en compte les causes démographiques des difficultés de financement  du système, et en faisant financer la totalité du déficit par des taxes baroques ils abandonnent  les principes mêmes sur lesquels repose la répartition !

Concrètement, parce qu’ils refusent de prolonger la durée de cotisation, ils recourent à un  empilement de taxes,  qui vont peser certes sur les hauts revenus, mais aussi en  partie  sur les classes moyennes (taxes sur l’intéressement et la participation, sur l’épargne,  augmentation de la CSG, augmentation progressive des cotisations retraites…). Elles pèseront aussi sur les entreprises ce qui sera négatif pour la croissance et  l’emploi.

Et puis, ces taxes seront bien  loin de répondre aux nécessités de financement : certaines sont totalement surévaluées comme celles sur les bonus et les stock options dont les socialistes disent attendre près de 3 milliards et qui n’en rapporteront même pas 1 !

Enfin le comble semble atteint avec cette retraite à la carte, une excellente mesure dont les socialistes font une bouffonnerie.   Pour inciter les salariés à travailler plus longtemps (tiens, ils ne sont pas opposés à la prolongation du temps de travail ?) les socialistes proposent d’augmenter dans de fortes proportions les pensions qui leur seront servies. C’est parfait. Sauf qu’ils attendent plusieurs milliards chaque année de cette prolongation de cotisations, sans voir que ce supplément de cotisation sera largement entamé voire réduit à rien par l’augmentation des pensions versées. Un léger gain  n’existera  que la première année…

Voilà où on en est de la prétendue rénovation des idées du PS… Si c’est cela qu’ils se préparent à présenter lors des élections de 2012, la majorité peut être tout à fait rassurée et son candidat à l’élection présidentielle n’a pas trop de souci à se faire !

Marc d’Héré