Jean-Marie Bockel : « Un jeune se construit entre l’amour et la loi »

Il fait partie des ministres qui travaillent en vacances. Depuis sa maison familiale « assez modeste, mais sympathique » surplombant les Issambres (Var), où il séjourne chaque été, Jean-Marie Bockel suit de près l’actualité politique, dévorant les journaux tous les matins. Son portable et ses mails ne sont jamais loin. C’est en voisin qu’aujourd’hui, le secrétaire d’État à la Justice visitera à Brignoles le seul centre éducatif fermé (CEF) de la région Paca, un des 42 de France. Des structures qu’il a soutenues depuis leur création en 2002, tandis que la gauche les critiquait. Alors membre du PS, Jean-Marie Bockel avait même réclamé un CEF pour sa ville, Mulhouse. Se situant aujourd’hui à « l’aile gauche de la majorité », il assure n’avoir aucun problème avec les questions sur la sécurité ou la délinquance, qu’il veut traiter « sans angélisme et sans naïveté ».

Vous qui avez été un des premiers « maires sécuritaires de gauche », ne trouvez-vous pas tout de même que certains élus, comme le président du conseil général des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti, ou le maire de Nice, Christian Estrosi, vont un peu loin dans la surenchère sécuritaire ?

Je connais Éric Ciotti qui est quelqu’un de fin, qu’on ne peut pas réduire à la caricature qu’on fait de lui. J’apprécie aussi Christian Estrosi, un homme dynamique. Je retiendrai de ses propos un appel à l’union sacrée. Cela dit, il est bon que la position du gouvernement ait été clarifiée mardi par Luc Chatel et Brice Hortefeux. Je ne parlerai pas de recadrage, mais de clarification. Maintenant, il faut tourner cette page et entrer dans une démarche de rassemblement. Certes, chez certains maires, il y a un frein idéologique pour l’implication dans la sécurité, mais ce comportement n’est pas généralisé.

Beaucoup d’élus, de gauche comme de droite, se sont engagés sur cette question.

Quelle est la bonne attitude à adopter face à la délinquance ?

Il ne faut ni angélisme, ni naïveté. La délinquance, chez les mineurs notamment, est le reflet de notre société dans ses dysfonctionnements. Il ne faut pas l’aborder dans l’esprit de peur de la jeunesse, mais dans la confiance. Avec une démarche équilibrée entre main tendue et fermeté. Sans verser dans le misérabilisme confinant au mépris, comme certains à gauche, qui considèrent que des familles ne s’en sortiront jamais et qu’il ne faut donc pas s’acharner sur eux. Si on est dans la seule action, ça ne marche pas. Et dans la seule bonne intention, non plus. Par exemple, je n’ai aucun problème concernant la possibilité de suspendre les allocations familiales, si cette mesure est considérée comme un levier et s’accompagne d’une démarche dans laquelle on tend la main. C’est le sens de la mission que m’a confiée Nicolas Sarkozy concernant la prévention de la délinquance.

Une mission de plus sur le sujet, qui va aboutir sur un rapport de plus, débouchant sur des assises de plus en octobre ?

Le travail que je vais faire n’est pas dans l’affichage. Mais dans la mise en cohérence de ce qui existe, pour que la prévention marche. Il y a sur le territoire beaucoup de gens formidables qui travaillent seuls, beaucoup de bonnes pratiques, mais chacun œuvre dans son coin. On a déjà un prérapport effectué par un spécialiste Jean Ruetsch sur ce thème. Je vais faire un travail d’écoute sur le terrain, pour l’enrichir, pour aboutir à des propositions. Avec trois priorités : la responsabilisation des adultes, la lutte contre la récidive et la professionnalisation des métiers (mise en commun des moyens etc.)

Justement, quels moyens pour accentuer cette prévention ?

Il n’y a pas de trésor caché. Je pense qu’on peut beaucoup progresser en mettant en réseau des moyens dispersés, avec des missions précises. Et les moyens donnés par la justice pour les mineurs n’ont pas baissé. Sous Jospin, il y avait des discours sur la prévention, mais pas de soutien politique. C’est pourquoi ça n’a pas marché.
Dans les centres éducatifs fermés comme celui de Brignoles, nous avons su mettre des structures lourdes : deux adultes pour un jeune. C’est une réponse pour ces adolescents pour lesquels tout a échoué. Et ça marche. Les CEF permettent un travail de réinsertion.
Mais ce n’est pas la seule réponse. Il y a aussi 700 jeunes en prison dans les quartiers de mineurs. Encore une fois, il faut savoir marcher sur deux pieds pour trouver l’équilibre entre prévention et répression. Un adolescent se construit entre l’amour et la loi.

Craignez-vous pour votre avenir, en cas de remaniement ministériel ?

Si mon nom est parfois cité, c’est que peut-être je n’ai pas vocation à rester secrétaire d’État à la justice. Cela dit, je ne pense pas que le fait que le président de la République m’ait confié cette mission sur la prévention de la délinquance soit un signe négatif. Mais ça ne vaut pas assurance non plus. Personne ne sait quel sera son sort au gouvernement. C’est normal, c’est la noble incertitude de la politique. Nous sommes tous là pour un temps limité. Je ne me sens ni conforté, ni menacé. Je me suis engagé sans me fondre dans l’UMP avec mon parti « la gauche moderne ». Je suis un partenaire libre et loyal, qui fait vivre l’aile gauche de la majorité.


Retrouver cet interview parue le 19 août sur nicematin.fr