Jean-Marie Bockel : « Les électeurs déçus par François Hollande peuvent se retrouver dans l'UDI »

L'ancien ministre lance un appel aux socialistes déçus et, au passage, se prononce pour Yves Jégo dans la course à la présidence de l'UDI.


Il se veut de ceux qui font fi des clivages. Jean-Marie Bockel, ancien secrétaire d'État et ministre au sein du gouvernement Fabius au milieu des années 1980 puis secrétaire d'État de François Fillon entre 2007 et 2009, appelle les électeurs de gauche déçus à rejoindre l'UDI, dont il est vice-président. Ce sénateur, ancien du Parti socialiste qui a rejoint le parti de Jean-Louis Borloo en 2012, confie également ses préférences pour l'élection à la présidence du parti, qui agite les leaders centristes. Interview.

Le Point.fr : Quel message souhaitez-vous adresser aux électeurs de François Hollande ?

Jean-Marie Bockel : L'UDI a une forte capacité à rassembler des gens venus de différents horizons. Je souhaite dire à ceux qui ont voté pour François Hollande et qui aujourd'hui sont déçus, comme nous le sommes, que le centre est en capacité de les accueillir.

Vous vous adressez aux déçus du gouvernement ou aux déçus du socialisme ?

Je m'adresse aux Français qui ne croient pas dans des alternatives qui se trouvent aux extrêmes et qui attendent une modernisation de la gauche. Une partie d'entre eux, qui incarnent une sensibilité de centre gauche, peuvent se retrouver dans l'UDI.

Ne regrettent-ils pas surtout que François Hollande ait délaissé nombre de ses promesses de campagne ? Auquel cas ils ne partageraient pas les idées de l'UDI...

On entend beaucoup les gens qui estiment que le gouvernement n'est pas suffisamment à gauche. Il y en a d'autres, aussi nombreux et dont la déception est silencieuse, qui estiment qu'il faut être un peu plus réaliste. On retrouve cet avis chez un certain nombre d'économistes et de penseurs. C'est d'ailleurs le discours que portait Manuel Valls lorsqu'il était en compétition avec François Hollande lors de la primaire socialiste.

Les "déçus" de centre gauche n'ont-ils pas été satisfaits par l'arrivée de Manuel Valls à Matignon ?

Ils ont sûrement été satisfaits à son arrivée, mais cent jours après, on voit bien qu'il tarde à mettre en oeuvre sa politique. Il a affaire à une majorité parlementaire qui ne lui facilite pas la tâche et le contraint à des compromis qui nuisent à la visibilité de sa politique. Je souhaite que Manuel Valls réussisse à avancer vers une modernisation de la France. Mais je crains que les conditions de son succès ne soient pas réunies.

Qui soutenez-vous dans la course à la présidence de l'UDI ?

Je soutiens Yves Jégo et Chantal Jouanno. L'UDI est encore fragile. La tâche du futur président sera de la consolider et, pour cela, il ne doit pas être à la tête d'une formation politique composante du parti. Ce qui est le cas d'Yves Jégo, qui ne se positionne pas non plus comme un futur candidat aux présidentielles. En tant que président provisoire, il a fait montre de qualités, il a veillé sur le parti, l'a coordonné et n'a pas démérité.

Le départ de Jean-Louis Borloo n'a-t-il pas révélé les profondes dissensions au sein du centre, entre les divergences vis-à-vis de François Bayrou ou l'évocation par certains d'une dissolution des différentes composantes de l'UDI ?

Oui, d'une certaine manière, mais il ne l'a évidemment pas voulu. Son retrait a contribué à ce que s'installe un climat de compétition. Mais Jean-Louis Borloo suit toujours les choses de près, il s'intéresse à ce qui se passe, tout en ne cherchant pas à interférer.

Vous avez des contacts avec lui, son état de santé s'améliore... Pressentez-vous un retour ?

Si cela pouvait être le cas, dans les années à venir, je serais le premier heureux. Mais si certains le laissent entendre, cela n'arrivera pas dans les jours à venir.

Pour l'élection présidentielle de 2017, êtes-vous favorable à ce que l'UMP et l'UDI fassent candidature commune ?

Je ne suis pas hostile à ce que l'UMP et le centre organisent une primaire commune, mais je n'exclus pas non plus d'autres hypothèses. Il peut également y avoir deux candidats au premier tour, si nous ne parvenons pas à nous entendre sur la méthode et sur les grandes lignes politiques.

Ne craignez-vous pas que la situation de l'UMP ne déstabilise le paysage politique et ne soit au passage défavorable au centre en profitant d'abord aux extrêmes ?

Dès qu'une formation va mal, cela favorise le Front national, évidemment. Il ne faut pas s'en réjouir. Un jour, l'UMP sortira de sa crise, car il y a encore des gens de qualité à l'UMP. Et l'intérêt de la vie politique française, comme l'intérêt de l'UMP, c'est que le centre existe vraiment.


Propos recueillis par Nina Bontemps-Terry


Retrouvez cet article paru le 11 juillet 2014 sur le site Le Point.fr