Jean-Marie BOCKEL lance un appel au rassemblement des centristes

Président de la Gauche moderne, Jean-Marie Bockel a été l’un des orateurs nationaux de la campagne de Nicolas Sarkozy. Quelle stratégie après la défaite ?

François Hollande a gagné. Vous vous dites : j’aurais mieux fait de rester au PS ?

Non, parce que la motion de Manuel Valls, avec ses 5 %, a apporté la démonstration que ses idées – que je portais également, celle d’une social-démocratie moderne – sont encore minoritaires. Je ne regrette pas mon choix. J’aurais été aussi mal à l’aise dans cette campagne que cinq ans auparavant.

Et votre expérience au gouvernement ?

Je ne regrette pas davantage d’avoir participé au gouvernement, avec Nicolas Sarkozy et François Fillon, même s’il y a eu des désaccords et des frustrations sur la Françafrique ou la justice avec Alliot-Marie.

Si c’était à refaire…

Si on oublie les blessures d’ego, j’ai participé à une expérience passionnante qui visait à moderniser la France, dans le respect de la cohésion nationale. Je ne le regrette pas, même si je suis dans une situation inconfortable. Pour les socialistes, la page entre le PS et moi est définitivement tournée, et la droite ne m’a jamais considéré comme l’un des siens.

L’échec de Sarkozy, c’est la faute à une mauvaise campagne ?

On a parlé de droitisation. Cela a plus joué sur la forme que sur le fond. C’est une thématique que je connais, pour avoir été maire de Mulhouse pendant plus de 20 ans. Qu’est-ce qui nourrit le vote FN ? C’est l’incapacité des partis de droite et de gauche d’aborder certaines questions de manière respectueuse et que les gens peuvent comprendre. Par moments, Sarkozy a été loin dans une démarche clivante. Trop loin ? Sûrement, puisqu’il a perdu les élections et que cela a pu jouer par rapport à l’électorat centriste. Mais je n’avais aucune réserve pendant la campagne. Quand je suis dans la bataille, je suis dans la bataille. Si c’était à refaire, je serais à son côté. Je lui garde mon estime et ma sympathie.

Comment jugez-vous les débuts de François Hollande ?

J’avais dit à un certain nombre de personnes qu’il serait très bon. Il est habile, tout ce qu’il faut pour se donner le maximum de chances aux législatives. Et il ne s’exprimera pas prématurément sur les contradictions dont il est porteur. L’heure de vérité, ce sera début juillet, à la session extraordinaire de l’Assemblée, et à la rentrée. On verra les arbitrages entre ce qu’il a promis et qui risque de fragiliser la France, et ce qu’il va remettre en cause, avec le risque de mécontenter une partie des électeurs qui attendent tout de lui, notamment ceux qui n’ont pas une vie facile. Mitterrand a eu aussi son heure de vérité… Il faut un contre-pouvoir à l’Assemblée nationale et un rééquilibrage pour aider le président à trouver le juste milieu.

Comment la majorité va-t-elle se réorganiser ?

Faut-il que l’UMP structure tout, ce qui est le projet de Jean-François Copé, ou est-ce que l’opposition reposera sur deux pieds avec une UMP riche de ses sensibilités et avec un centre rassembé ? Il me paraît bon qu’à côté de l’UMP qui vit sa vie, il y ait un centre allant de centristes de l’UMP à des gens de centre-gauche comme nous.

La Gauche moderne centriste ?

La tentative de l’Ares [NDLR : l’Alliance républicaine écologique et sociale mise en place sous la houlette de Jean-Louis Borloo et Hervé Morin] n’a pas réussi, ses chefs n’ayant rien fait pour empêcher les dissensions de prendre le dessus. Ils en sont arrivés à se détester tellement qu’ils refusent de se mettre autour d’une table. Je puis en témoigner pour avoir essayé de les réunir, en vain. Il y a eu vaguement un accord électoral, mais pas de dynamique de rassemblement.

Ce rassemblement doit-il intégrer François Bayrou ?

Il s’est coupé des centristes en se rapprochant de Hollande, ce qui a satisfait une partie de l’électorat centriste, mais une partie minoritaire. S’il faut reconstruire le centre, les membres du MoDem seront concernés par ce rassemblement. Je souhaite, comme président du plus petit parti qui a constitué l’Ares, lancer un appel au rassemblement centriste de toutes obédiences. Mais on ne pourra rien faire avant les législatives. Forcément, les centristes associés à l’UMP veulent sauver ce qui peut l’être. Mais nous devons réfléchir à la capacité de créer des groupes politiques à l’Assemblée. Même si je ne suis pas en première ligne pour les législatives, je suis disponible pour participer à cette restructuration.

Et vous-même, comment vous situez-vous à titre personnel ?

Je vais continuer à faire vivre la Gauche moderne, peut-être en la faisant évoluer. On le verra à notre convention nationale à Mulhouse, le 22 septembre. Il faudra garder le nom en rajoutant le vocable centriste pour éviter toute confusion avec la majorité actuelle. Il y a un potentiel, avec tous ceux qui se retrouvent dans une sensibilité de centre-gauche sociale, sans vouloir adhérer aux propositions de Hollande, ou rejoindre l’UMP. Après, il faudra préparer les municipales. Je suis déjà sollicité dans toute la France.

Mulhouse peut basculer à gauche ?

Je ne le pense pas. Sarkozy y a fait son 10 e meilleur score dans une grande ville. Et Jean Rottner fait du bon travail comme maire. Notre alliance a tenu bon, même s’il y a eu quelques défections, à charge pour nous de préparer le nécessaire renouvellement de 2014.

Vous ferez partie de l’équipe ?

Je n’en ai pas encore discuté avec Jean Rottner.

 

Propos recueillis par Yolande Baldeweck

Retrouvez cette interview paru le 27 mai 2012 sur le site www.lalsace.fr