Jean-Marie Bockel : «La principale faiblesse de François Hollande est de ne pas arriver à tranche»

Ancien socialiste rallié à Nicolas Sarkozy, le sénateur Jean-Marie Bockel vient de présenter un rapport très détaillé sur la cyber-défense qui a été voté à l’unanimité par la commission de la Défense au Sénat, dans « un consensus au-delà des clivages politiques » constate avec satisfaction le parlementaire. Fondateur de la Gauche Moderne, mouvement de centre gauche, Jean-Marie Bockel se positionne également comme l’un des soutiens actifs de Jean-Louis Borloo en qui il voit le futur patron du centre.

La France peut-elle faire face à une cyber-attaque massive ?

Aujourd’hui, la France est au milieu du gué. L’ANSSI, l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information, a déjà rendu de grands services notamment quand le ministère des Finances a été attaqué à la veille du G20 en 2010. C’est un très bon outil qui monte en puissance chaque année, mais il est aujourd’hui à la moitié de ce qu’il faudrait, en matière d’effectifs.

Ce n’est qu’un problème de moyens ?

Pas seulement. Dans mon rapport, je préconise également de créer une obligation de déclaration d’incident. Dès qu’une entreprise est attaquée, et notamment celles qui touchent aux intérêts vitaux du pays, c’est-à-dire l’énergie, les hôpitaux, les transports, elle doit le dire. Les PME victimes de cyber-attaques redoutent en effet d’être considérées comme le maillon faible. Mais demain, c’est celui qui ne dira pas qu’il a été attaqué qui sera fragilisé.

Votre bilan des premiers mois de présidence Hollande ?

Contrasté. L’exécutif a la volonté de bien faire dans la crise, mais les recettes proposées ne me paraissent pas à la hauteur des enjeux. La principale faiblesse de Hollande est de ne pas arriver à trancher avec cette ligne de gauche qui le pousse à des mesures mauvaises pour le pays et une ligne plus réaliste, qui existe autour de lui et qui devrait davantage s’orienter vers ce que font les social-démocraties européennes. Il y a donc une fragilité française qui se traduit par des réponses à la crise économique et sociale qui ne sont pas à l’échelle ou sont contre-productives. Mais dans certains domaines, des ministres font un bon parcours.

A quels ministres pensez-vous ?

Je ne suis pas d’accord avec tout ce que dit Valls et, notamment, je ne souhaiterais pas qu’il détricote tout ce qui a été fait par le passé en matière de maîtrise des flux migratoires, mais je considère, à cette nuance près, que sur le plan sécuritaire, jusqu’à présent, c’est plutôt un sans faute.

Que pensez-vous de l’opposition systématique de l’UMP ?

Tout le monde à l’UMP n’est pas tout le temps sur une opposition systématique. Aujourd’hui, ils sont plus axés sur leur débat interne que sur la définition d’une ligne politique qui rassemblerait par rapport au pouvoir. On a le sentiment qu’à l’UMP, les choses ne sont pas encore ordonnées. D’où une certaine cacophonie.

Quel regard portez-vous sur l’affrontement des ténors de l’UMP ?

Je ne veux surtout pas m’en mêler. L’UMP, dans la configuration qu’elle aura à l’automne, sera le partenaire du centre pour les échéances à venir et pour la préparation d’un projet pour la France. Nous prendrons l’UMP telle qu’elle est.

Sarkozy pourrait-il être un recours pour la droite ?

Je n’en sais rien. C’est trop tôt pour le dire. Je l’ai soutenu jusqu’au bout, j’ai gardé le contact avec lui et je le verrai à la rentrée. Je ne suis pas dans son club d’amis, mais, même si j’ai eu des  désaccords,  j’ai de l’estime pour lui.

Borloo a-t-il les qualités pour être le patron du centre ?

J’ai rencontré Borloo et je lui ai fait part de mon soutien. Nous nous sommes expliqués sur les points de désaccord que nous avons pu avoir, mais sa légitimité, dans l’exercice de son leadership, est à la hauteur de la volonté qui sera la sienne de l’exercer. Il réussira parce qu’il le voudra et parce qu’il saura bien s’entourer. Nous devrons dialoguer avec tout le monde, y compris François Bayrou. 

Avez-vous compris le choix de Bayrou lorsqu’il a annoncé voter Hollande ?

J’ai compris son attitude mais je ne l’ai pas approuvée et je ne suis pas sur que les socialistes se soient comportés avec lui comme ils auraient du. Bien sûr ça ne s’efface pas, mais ce choix qu’il a fait ne lui enlève pas sa légitimité de leader centriste. Même si aujourd’hui le moteur c’est Borloo.

Y aura-t-il une primaire au centre pour 2017 ?

La présidentielle n’est pas le sujet du moment. Si on en fait le sujet du moment, on se plante tout de suite. Il faut d’abord construire quelque chose, ensuite il y a des idées et des valeurs autour desquelles on se retrouve et enfin la question du leadership. On a au moins trois ans devant nous sans être pollués par la question de la présidentielle.

Retrouvez cet article rédigé par André Fournon paru le 28 juillet 2012 sur le site buzzpolitique.nicematin.com