Jean-Marie Bockel : « Je ne serai pas un sénateur en pré-retraite »

Un mois après le remaniement gouvernemental, Jean-Marie Bockel (Gauche Moderne), l’ancien secrétaire d’État à la Justice, a récupéré, hier au Sénat, le siège qui avait été occupé pendant trois ans et demi par le Vert Jacques Muller.

Par ailleurs, André Reichardt fera, aujourd’hui, son entrée au Palais du Luxembourg comme sénateur du Bas-Rhin, à la place de Philippe Richert, le nouveau ministre alsacien chargé des Collectivités territoriales.

L’ex-maire de Mulhouse, Jean-Marie Bockel, analyse son action dans la majorité et nous confie ses projets.


Dans quel état d’esprit opérez-vous ce retour au Sénat ?

J.M. Bockel. Je suis par tempérament toujours tourné vers l’avenir, sans ressasser les situations antérieures. Mon départ du gouvernement représentait un changement, pas un échec, même si cela m’a perturbé car je ne m’y attendais pas.

Ce retour au Sénat marque une nouvelle étape, comme je l’explique dans une lettre envoyée aujourd’hui à 377 maires du Haut-Rhin. Je ne suis plus bridé par la solidarité gouvernementale, et retrouve une liberté totale d’expression et de vote, dans un groupe charnière du Sénat : le RDSE (Rassemblement démocratique et social), qui a décidé de m’accueillir, compte dans ses rangs Jean-Pierre Chevènement et Daniel Marsin, de la Gauche Moderne, et cinq membres de la majorité sur 18 sénateurs.

Croyez-vous toujours possible de faire pencher la majorité à gauche ?

Pour affirmer notre indépendance, La Gauche Moderne, que je préside, a décidé de se passer des subsides de l’UMP, qui représentaient 20 % de nos finances. Et nous nous mettons en ordre de marche dans la perspective des cantonales. Mais je n’ai pas encore pu parler avec le président Sarkozy de notre place dans le dispositif, nous avons rendez-vous pour cela le 21 décembre. Il est donc un peu tôt pour répondre à la question. Le fait qu’il n’y ait plus de représentant de l’ouverture au gouvernement n’est pas un signal positif. Peut-être avons-nous été trop discrets pour créer un vrai rapport de force, d’où notre rapprochement avec les centristes et Jean-Louis Borloo. Nous ne devons pas nous fondre dans ce pôle, mais y trouver des alliés. Car on ne gagnera pas en 2012 en cherchant à tout prix attirer l’électorat du FN.

Quel bilan tirez-vous de votre expérience au gouvernement ?

On verra à la fin de l’histoire si j’ai eu tort ou raison d’accepter l’ouverture. J’y ai vraiment cru et j’y crois encore, même si on a désormais plutôt un gouvernement de fermeture. Mais je ne regrette rien, malgré la frustration d’avoir dû quitter le secrétariat d’État à la Coopération de manière prématurée, et pour avoir dit la vérité, de surcroît. Ce n’était pas une promotion d’aller aux Anciens Combattants, mais mon passage dans ce ministère a été apprécié.

Enfin, malgré le contexte difficile à la Justice, où je disposais d’un secrétariat d’État sans attribution, j’ai fait des choses passionnantes, sur les prisons ouvertes et la prévention de la délinquance. Je compte d’ailleurs m’exprimer prochainement là dessus, car mon rapport a été lynché par les médias et rendu au plus mauvais moment, avant le remaniement.

À titre personnel, quelles sont désormais vos ambitions ?

Je ne serai pas un sénateur en préretraite. Je compte bien être actif, même si je n’ai pas encore de projet législatif, et s’il faut attendre les sénatoriales de septembre prochain pour que les cartes soient rebattues concernant les commissions et leurs présidences. J’irai jusqu’au bout de mon mandat en 2014, et je ne m’arrêterai pas là.

En outre, j’assure toujours la présidence de l’agglomération mulhousienne, ce qui n’est pas mal, et vais me réinscrire au barreau de Mulhouse, pour garder un pied dans la vie professionnelle, au cas où.

Enfin, j’ai deux projets de livre, sur la prévention de la délinquance, et l’autre sur mon expérience politique, qui n’est pas ordinaire.

Retrouvez cet article publié le 16 décembre sur lalasace.fr