Jean-Marie Bockel - Centrafrique: « Notre mission est d’agir avant la catastrophe »

L’ONU, vient de donner son feu vert pour une intervention militaire française en Centrafrique. Ce vote unanime des 15 membres du Conseil intervient alors que des violences meurtrières ont éclaté à Bangui, sous couvre-feu, et que 250 soldats français se sont déployés dans la capitale.

La France intervient dans un pays tenu par les ex-rebelles de la Séléka (« coalition » en Sango), la coalition constituée de partis politiques et de forces rebelles centrafricaines opposées au président François Bozizé. La Centrafrique est en proie à l'anarchie et aux violences de bandes armées depuis le renversement en mars du président François Bozizé par la coalition rebelle Séléka.

L’intervention qui vient de débuter, s’est déroulée dans un climat instable, plusieurs morts sont à dénombrer dans des échanges de tirs, poussant les ressortissants français à quitter la ville pour raisons de sécurité. Le président centrafricain de transition Michel Djotodia a annoncé jeudi l'extension immédiate de quatre heures du couvre-feu, imposé désormais de 18H00 à 06H00, face aux tirs et violences meurtrières qui ont éclaté avant l'aube.

« Eviter les drames humanitaires épouvantables et rétablir la sécurité »

Ibrahim Boubacar Keita, le président du Mali, avait appelé de ses vœux ce mardi, une action de la France dans le cadre d’une mission de l’ONU : « La Centrafrique a un destin préoccupant, et qui doit être entendu dans le cadre international. La France, doit s’engager, il y a urgence absolu, pour stabiliser le cœur de l’Afrique ».

« Autour de 1 200 » soldats seront déployés en Centrafrique, et l'intervention débutera « entre le vote de la résolution à l'ONU ce soir et la date que choisira le président de la République », a déclaré Laurent Fabius, précisant que ce serait « dans les jours qui viennent ».

Il a répété que la France allait intervenir « en appui » de la force africaine Misca, qui compte 2.500 hommes et doit à terme arriver à 3 600 soldats. La France compte déjà plus de 450 militaires sur le terrain et les autorités françaises avaient jusqu'à présent parlé d'une force française d'un « millier » de militaires, une fois les renforts prévus déployés.

Le but de l'intervention est « d'éviter les drames humanitaires épouvantables et de rétablir la sécurité. Dans un deuxième temps ce sera de favoriser une transition démocratique parce qu'il va falloir organiser des élections », théoriquement début 2015, a ajouté Laurent Fabius.

L'UE a déjà débloqué 50 millions d'euros et les Etats-Unis entre 30 et 40 millions, pour financer la force de la MISCA (mission internationale de soutien à la Centrafrique), a-t-il ajouté. Le contingent français, qui compte déjà plus de 600 hommes, sera chargé notamment de sécuriser l'aéroport de Bangui et les principaux axes par où transiteront les convois humanitaires.

« Nous nous sommes hâtés lentement, pour que les effets de l’action soient durables »

Jean-Marie Bockel sénateur UDI-UC du Haut-Rhin revient sur la situation de ce pays qu’il connaît : « La situation en Centrafrique est très dégradée. J’y suis allé, il y a 6 ans, la situation, était déjà très difficile : l’Etat  était faible, il y avait aussi une grande difficulté à mettre en œuvre une politique de développement ». Et d’ajouter : « La présence de la France était déjà d’actualité ».

Revenant sur les derniers événements, il s’alarme : « C’est la catastrophe absolu, les gens survivent, dans la forêt, pour fuir les exactions des différentes milices. Le risque d’embrassement se généralise à tout le territoire ».

Il se félicite que l’urgence ait été entendue par les nations unies : « La résolution de l’ONU et de l’Union Africaine (l’alliance des forces africaines et européennes) arrive à point nommé ».  « Il faut que la France aide à rétablir un minimum de sécurité, pris en main ensuite, par les forces africaines,  plus nombreuses et  plus importantes » affirme-t-il.  

«Notre mission est d’agir avant la catastrophe absolue, qui pourrait ressembler à un génocide. Après l’intervention, quand la sécurité reviendra, et qu’un Etat de droit sera en place, la paix reviendra.  La vie normale reprendra ses droits, et pour le reste, (la capacité de parler à son voisin) les choses se feront à l’initiative des centrafricains » précise-t-il.

Jean-Marie Bockel l’avoue : « Il est vrai que nous avons pris le temps de la concertation, pour prendre en compte l’ensemble des composantes ». Nous nous sommes hâtés lentement, pour que les effets de l’action soient durables.


Retrouvez cet article de Marie-Carline Chardonnet paru le 5 décembre 2013 sur www.publicsenat.fr