J-M Bockel : « la politique sécuritaire de la France a touché ses limites »

Source AFP

« Je considère que la politique sécuritaire de la France a touché ses limites et que l'erreur serait de basculer dans le tout sécuritaire, qui n'a jamais fonctionné »

L'ex-secrétaire d'État à la Justice Jean-Marie Bockel a été chargé par le Premier ministre François Fillon d'une mission de six mois visant à apporter "une impulsion nouvelle" à la prévention de la délinquance en France. Dans une lettre du 14 janvier, François Fillon demande à l'ex-secrétaire d'État de donner "une impulsion nouvelle" à la mise en oeuvre de la loi du 5 mars 2007 et au plan du 20 octobre 2009 relatifs à la prévention de la délinquance. Le président de la Gauche moderne a quitté le gouvernement lors du dernier remaniement après avoir représenté l'un des symboles de l'ouverture voulue par Nicolas Sarkozy en 2007.

Jean-Marie Bockel a expliqué avoir accepté cette mission pour tenter de faire passer le message que "la sécurité et la prévention, c'est la même chose". "Je considère que la politique sécuritaire de la France a touché ses limites et que l'erreur serait de basculer dans le tout sécuritaire, qui n'a jamais fonctionné", explique-t-il. "On peut obtenir des résultats en donnant toute sa place à la prévention. Si ce message passe, j'aurai rempli ma mission", a-t-il fait valoir.

Mission opérationnelle

"Il ne s'agit pas pour moi de remettre un rapport. Ma mission est d'abord opérationnelle. Elle a pour but de contribuer à la mise en oeuvre d'une politique de prévention, affichée comme une priorité, mais qui reste pour le moment encore en demi-teinte", a-t-il précisé. Dans sa lettre de mission, le Premier ministre demande à Jean-Marie Bockel de "mieux associer" les acteurs de la prévention à la relance de cette politique, "d'établir des contacts avec les auteurs d'expériences étrangères réussies" et de "dynamiser" le partenariat entre les maires, l'État et les acteurs publics et privés".

Au plan politique, Jean-Marie Bockel a confié avoir hésité à accepter cette proposition par crainte d'une mauvaise interprétation politique. "Il est heureux qu'elle arrive deux mois après le remaniement car si elle était intervenue dans la foulée, je ne l'aurais pas acceptée. Pour moi, ce n'est pas une compensation. Mais, je comprends que dans l'esprit de ceux qui me l'ont confiée, il s'agit de garder un lien avec moi et je ne le refuse pas", a-t-il dit. "Je me sens encore suffisamment partie prenante de la majorité pour accepter une mission sur un sujet qui m'intéresse, même si les liens se sont distendus", a-t-il dit. "Un refus aurait pu être interprété comme un acte de mauvaise humeur et je ne situe pas mes humeurs à ce niveau-là", a-t-il précisé.

Jean-Marie Bockel avait remis en novembre un rapport sur la prévention de la délinquance juvénile critiqué par la gauche qui a notamment dénoncé l'idée d'un repérage des troubles du comportement dès deux-trois ans.

Retrouvez cet article paru le 17 janvier 2011 sur Le Point.fr