Interview J-M Bockel : « Je ne marchande pas » Dernières Nouvelles d'Alsace le 18 sept. 2010

« Je ne marchande pas »

Retrouvez cette interview parue sur le site des Dernières Nouvelles d'Alsace

Gauche Moderne, le parti créé par Jean-Marie Bockel, secrétaire d'État à la Justice, tient aujourd'hui à Mulhouse ses rencontres nationales, sur le thème "plus que jamais la réforme juste". Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie et président du Parti radical, participe aux travaux de Gauche Moderne qui revendique 1500 adhérents.

Dans le contexte politique actuel, pensez-vous qu'il soit toujours judicieux de qualifier les réformes de "justes" ?
- Jean-Marie Bockel : la réforme juste est notre marque de fabrique. Nous nous plaçons davantage dans une démarche d'aile gauche de la majorité que d'ouverture. Notre état d'esprit est de soutenir la modernisation du pays et de faire des propositions sur chaque réforme importante.
Par exemple, sur les retraites, la réforme juste concerne moins le recul de l'âge de départ en retraite que la prise en compte de la pénibilité. Si on était resté sur le dogme des 60 ans, cela se serait forcément traduit par une baisse des prestations, notamment pour les catégories les plus modestes.

Solidarité avec Sarkozy

Par ailleurs, on ne parle dans les médias que du bouclier fiscal. Il a sa logique, qui est de maintenir en France les gros contribuables au lieu de les voir s'évader à l'étranger. Mais la politique fiscale est attentive aux classes moyennes. Le prêt à taux zéro est essentiel comme encouragement à la construction.
Dans le contexte du torrent de haine déversé à l'encontre du président de la République et de la crispation d'une opposition radicale mais dénuée de toute proposition, ma solidarité est d'autant plus forte que ça tangue. Ne pas mettre en avant, en ce moment, les nuances et les questionnements ne signifie pas qu'on ait abandonné l'esprit de la réforme juste.
Toute la gauche est vent debout contre la politique et les réformes du président et du gouvernement. Est-il justifié que vous gardiez le terme "gauche" dans votre dénomination ?
- Ma position dans Gauche Moderne est dans la continuité de ma tentative de redressement du Parti socialiste. On me dit que j'étais dans l'aile droite du PS et que j'ai rejoint mon camp. Pas du tout ! C'est là un discours franco-français qui montre bien l'état dramatique dans lequel est le PS. En France, la gauche ne retrouvera pas sa place si elle n'évolue pas en profondeur.

« Le PS ne s'est-il pas fourvoyé ? »

Moi, je suis resté comme il y a dix ans en phase avec la gauche européenne, qui me reconnaît comme l'un des siens. Elle continue à m'inviter et je poursuis la réflexion avec elle. J'incarne cette gauche de demain.

Est-ce Bockel qui a renié son idéal ? Ne serait-ce pas plutôt le PS qui s'est complètement fourvoyé par manque d'audace ? Vous n'avez pas participé cet été au concert d'états d'âme des ministres d'ouverture et même de certains UMP. Était-ce pour préserver votre poste au gouvernement ?
- Avant que la controverse sur les questions de sécurité ne naisse, j'ai rencontré le président de la République et il m'a confirmé très clairement qu'il ne peut y avoir de politique sécuritaire durablement efficace que si elle est étroitement articulée avec une politique de prévention très large.
C'est lui qui m'a confié spontanément ma mission sur la prévention de la délinquance des jeunes (lire les DNA du 2 septembre). J'ai compris d'emblée qu'on ne serait pas dans le tout sécuritaire ni dans la surenchère. Je n'avais pas de raison d'avoir des états d'âme puisque cette politique est en phase avec mes convictions.
Mon engagement dans la majorité est celui d'une formation politique, pas seulement d'un individu. Mon soutien à la majorité n'est pas lié aux aléas d'un remaniement ministériel, mais à la place qu'aura Gauche Moderne dans la dernière période avant la présidentielle.

Pour un second ministre alsacien

- Au second tour, il faudra que l'électorat qui ne veut plus voter pour le PS mais pas non plus pour l'UMP, trouve des marqueurs, des signes. Nous allons aider à lever ces hésitations et à trouver leur place dans le projet présidentiel. Je suis au gouvernement et j'assume à 100 % ma solidarité mais je ne suis pas dans une démarche de marchandage pour la suite.
N'êtes-vous pas en concurrence avec Philippe Richert pour le prochain gouvernement ?
- Étant donné mon parcours politique, je serais beaucoup plus à l'aise s'il y avait aussi au gouvernement un ministre alsacien UMP. Plusieurs régions ont deux ministres. Je suis de surcroît très en phase avec Philippe Richert.

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