Interview de Jean-Marie Bockel : « Borloo assume ce qu'il est » - JDD.fr

Bockel: "Borloo assume ce qu'il est"

Jean-Marie Bockel faisait partie des 800 convives du "dîner de la République" organisé jeudi soir par Jean-Louis Borloo. Contacté par leJDD.fr, le président de la Gauche moderne dresse un bilan positif de la première sortie publique de l'ex-ministre de l'Ecologie depuis son départ du gouvernement. Pour autant, l'ancien socialiste, débarqué lui aussi de l'équipe Fillon, souhaiterait que les discussions s'accélèrent concernant la mise en action d'une "confédération des centres" en vue de la présidentielle de 2012.


Vous étiez convié au "dîner de la République" jeudi soir. Qu'en avez-vous retenu?
Disons que c'était une initiative intéressante dans le sens où elle rompait avec l'air du temps. Nous vivons actuellement une période où tout le monde au sein de la majorité est en clivage et Jean-Louis Borloo a voulu, lui, fédérer, qui plus est d'une manière originale, non ringarde. Dans cette période de crise sociale, économique et morale, l'idée de revenir aux fondamentaux de la République, n'a pas manqué d'intérêt. Surtout que Jean-Louis Borloo s'est montré en prise avec les enjeux de notre pays. Cela a fonctionné. Pour tout vous dire, tout le monde - moi y compris - était un peu surpris au départ de ce "dîner de la République". On ne savait pas s'il fallait y aller ou pas et finalement, sans avoir révolutionné les choses, cela a été un moment fort. Dans la période actuelle, cela fait chaud au cœur.

Souscrivez-vous à la critique de Jean-Louis Borloo contre les "conservateurs bien coiffés", qui visait à l'évidence François Fillon?
Je ne rentre pas dans la critique de qui que ce soit, cela ne m'intéresse pas. Tout ceci est anecdotique. En revanche, l'idée de dire que, comme dans toute démarche humaine, il y a des conservateurs et des gens qui vont de l'avant, c'est une vérité première que Jean-Louis Borloo a bien fait de rappeler. D'autant plus que lui-même a fait l'objet de vives critiques: on l'a décrit comme un type brouillon ou désordonné, alors qu'en fait, Jean-Louis Borloo assume ce qu'il est. Et les réussites qu'il a pu avoir au gouvernement ou dans sa ville de Valenciennes sont bien réelles.
"Qu'on accélère le mouvement"

Au cours de son discours, Jean-Louis Borloo s'est félicité de sa "liberté de parole" retrouvée. Vous qui êtes bien placé pour en parler, se sent-on mieux à l'intérieur ou en dehors du gouvernement?
Ce sont deux situations évidemment différentes. Etre dans le gouvernement, c'est être dans l'action, à condition toutefois d'avoir la latitude pour agir - ce qui n'était pas forcément mon cas, car j'étais relativement bridé dans mes fonctions. Certes, on est contraint dans son expression, mais quand on aime l'action, ce n'est pas satisfaisant en soi de devoir y mettre un terme. D'un autre côté, la vie politique est rythmée par des moments d'action et des moments de réflexion et d'expression totalement libres. Jean-Louis Borloo, comme moi-même, est désormais dans ce cas. C'est effectivement un vrai bonheur que nous n'allons pas bouder.

Où en est la fameuse "confédération des centres" que vous et d'autres appelez de vos vœux?
Elle avance lentement. Pour le moment, le projet en est au stade de contacts entre les différents courants centristes de la majorité. Cela ne concerne pas directement la Gauche moderne, mais comme je l'ai dit à Jean-Louis Borloo la semaine dernière, nous sommes prêts à nous lancer dans l'aventure si cette démarche prend effectivement forme. J'espère que des initiatives en termes de réflexions, de propositions et d'organisation communes seront prises dans les semaines qui viennent. Pour tout dire, j'aimerais bien qu'on accélère le mouvement, sans précipitation toutefois, afin de parvenir à quelque chose de concert avant les échéances électorales du printemps prochain (le scrutin cantonal des 20 et 27 mars 2011, ndlr).
"Pas question de créer une nouvelle UDF"

Tout cela le plus loin possible de l'UMP?
Non, pas du tout. A titre personnel, je n'ai jamais posé comme préalable le fait de quitter l'UMP - pour ceux qui y sont, ce qui n'est pas mon cas. Moi, je dis: "Allons-y, lançons-nous" en laissant à chacun la liberté de rester là où il est, sinon cela ne marchera pas. Je respecte les sensibilités de chacun: il n'est pas question, me semble-t-il, de vouloir créer une nouvelle UDF. Si c'est le cas, je ne suivrai pas. Et Jean-Louis Borloo non plus d'ailleurs.

Entre Hervé Morin et Jean-Louis Borloo, pensez-vous réellement qu'un seul des deux sera candidat en 2012?
La question des candidatures est, à ce stade, très prématurée, tout le monde le reconnait. Attendons le moment venu. C'est un débat qui viendra en temps utile.

Jean-Louis Borloo laisse planer le suspense. A-t-il envie d'être candidat, selon vous?
Il faut distinguer ce qui se dit et la réalité des choses: il est certain que Jean-Louis Borloo est quelqu'un de très réfléchi, qu'il ne veut pas se précipiter dans une démarche tant qu'il n'est pas sûr de pouvoir la mener à son terme. Et il a raison, c'est un gage de crédibilité.

Retrouvez cet interview parue le 10 décembre 2010 sur JDD.fr