Immigration : ces élus de la majorité mal à l’aise avec la politique de Claude Guéant

Claude Guéant est à la manœuvre. Après la circulaire sur les étudiants étrangers, le ministre de l’Intérieur a annoncé un nouvel objectif en matière d’immigration : baisser de 10% le nombre de titres de séjour attribués chaque année. Soit baisser le nombre d’étrangers vivant en situation régulière en France. Autre mesure, confirmée ce mardi par Claude Guéant : croiser les fichiers des étrangers avec celui de la sécurité sociale pour mieux lutter contre la fraude. « Il n’y a pas de ciblage particulier des personnes de nationalité étrangère », a assuré le ministre.
« Une sorte de permis de voter Le Pen »

Si la gauche critique, des élus s’interrogent ouvertement au sein de la majorité. Au Sénat, qui est loin d’être une terre de la Droite populaire, à la différence de l’Assemblée, on préfèrerait plus de modération. Membre de la majorité présidentielle, l’ex-secrétaire d’Etat Jean-Marie Bockel, président de la Gauche moderne, prône « fermeté et humanité ». « Il ne faut pas tomber dans le piège de l’angélisme, comme le fond les socialistes », lance cet ancien du PS. « Mais en voulant cliver l’électorat, à vouloir être habile sur ces sujets, on risque d’avoir un retour de manivelle. On l’a bien vu après le discours de Grenoble ».

Jean-Marie Bockel prévient : « Le calcul politicien est perdant sur le sujet. Vous allez heurter les concitoyens de sensibilité humaniste et libérer le vote d’autres. C’est une sorte de permis de voter Le Pen ». Autre centriste étonnée, Catherine Morin-Desailly, sénatrice Nouveau centre et soutien d’Hervé Morin. Si elle ne trouve pas « illégitime d’avoir des quotas », elle estime que « remettre ce sujet sur le tapis, alors que les temps sont difficiles, c’est forcément instrumentaliser, ce n’est pas un bon signe ».
« Effet d’annonce pré-électoral »

Chez certains sénateurs UMP aussi on regarde les annonces de Guéant avec circonspection. François Trucy, sénateur de PACA : « Ces mesures sur la fraude sont tout à fait banales. Mais vouloir baisser l’immigration légale, ça ne marchera pas. Pour le coup, c’est un effet d’annonce pré-électoral. Et l’expérience professionnelle des étudiants étrangers, c’est très important ».

Jean-René Lecerf, sénateur raffariniste et ancien secrétaire national de l’UMP à la justice, prend encore plus ses distances. Lui aussi affirme la nécessité de contrôler les fraudeurs. Mais pour mieux avertir aussitôt qu’« on ne peut pas stigmatiser » les étrangers et exprimer son « profond désaccord avec la directive des jeunes diplômés ».

Comme en échos, Jean-Pierre Raffarin a marqué sa différence, quelques heures après, lors de la convention UMP sur les questions régaliennes. « Sachons être ferme mais aussi ouvert », « l'immigré qui respecte la règle est l'ami de la France », a lancé l’ex-premier ministre.
« Le seul ciment de l'UMP est Sarkozy »

L’UMP cherche-t-elle à récupérer les voix du FN, comme ne s’en cache pas Thierry Mariani, chef de file de la Droite populaire ? Le sénateur UMP des Deux-Sèvres André Dulait, n’est « pas convaincu qu’on puisse récupérer des gens de cette manière. S’ils sont décidés à voter FN, ce n’est pas en prenant ces mesures, dont on pourrait penser qu’elles nous rapprochent de ce parti, qu’on va changer beaucoup de votes ».

Pour Jean-René Lecerf, sa formation va trop loin. « Si l’UMP cherche à récupérer des voix au FN, c’est prendre un risque sur l’unité du parti. Des élus et militants ne souhaitent pas qu’on se lance dans une course à l’échalote avec Mme Le Pen ». Le sénateur du Nord se souvient de l’ancien maire de Lyon Michel Noir, qui pointait le risque de « perdre son âme » au moment où certains RPR avait fait alliance avec le FN, lors des régionales de 1998. « Une ligne de fracture existe aujourd’hui à l’UMP entre la Droite populaire et la droite humaniste. On peut craindre qu’elle porte en germe l’explosion de l’UMP ». Le mot est lâché. Jean-René Lecerf continue : « Jean-François Copé a montré qu’il était très nettement dans le premier camp. Entre ces deux tendances, le seul ciment est Nicolas Sarkozy »… En cas de défaite du chef de l’Etat à la présidentielle, le jeu à droite pourrait être chamboulé.

Retrouvez cet aricle de François Vignal paru le 29 novembre 2011 sur le site publicsenat.fr