En Alsace, l'adresse de Sarkozy aux centristes (Le Figaro)

Mercredi dans le Haut-Rhin, le président-candidat a également adouci son propos à destination des électeurs frontistes.

En vieux routier des campagnes électorales, Nicolas Sarkozy confie souvent qu'il «sent» les salles et les publics. Mercredi dans le Haut-Rhin, terre historiquement démocrate-chrétienne où le Front national s'enracine (Marine Le Pen y a fait 23 % dimanche), il a adouci son propos à destination des électeurs frontistes, qu'il veut reconquérir le 6 mai.

Si le président-candidat a répété ses propositions pour réduire l'immigration, il a fait l'impasse sur l'islam et les dérives communautaires. Il a également évoqué des sujets plus économiques, comme la crise, la dette, la formation professionnelle et l'emploi, sujets passés à la trappe la veille, à Longjumeau. Il a notamment proposé d'organiser un référendum sur la règle d'or dès la fin de l'année si aucun consensus ne se dégageait au Parlement. Un geste à destination notamment de l'électorat centriste de François Bayrou. «Je crois en l'humanisme», a-t-il martelé devant les élus alsaciens, dont Jean-Marie Bockel (La Gauche moderne) ou le président du conseil régional d'Alsace, Philippe Richert, autoproclamé «centriste sans concessions».

Mardi, Sarkozy avait assuré que le FN était «compatible avec la République» et estimé qu'aucun sujet, y compris quand il est porté par le FN comme la préférence nationale, n'était «tabou». À Cernay, où Marine Le Pen est arrivée en tête avec 26,50 %, lui-même totalisant 26,33 %, le président a posé des limites, précisant qu'il avait «toujours combattu le FN» et n'avait «jamais fait d'alliance avec qui que ce soit». Le matin même sur France Info, il avait indiqué qu'il n'y aurait pas d'accords entre l'UMP et le FN pour les législatives. Il a en outre jugé calomnieux de lui reprocher de «chasser sur les terres du FN»: «Ces milliers de voix ne m'appartiennent pas», a-t-il insisté en faisant valoir qu'il était «la cible du Front national».

Mais sur le fond, le président n'a pas varié de cap, vantant le travail, la famille, la nation. Des valeurs qu'il a posées dès son entrée en campagne, et dont il pense qu'elles sont de nature à séduire les électeurs du FN. Il s'est justifié de s'adresser à la fois aux électeurs de Marine Le Pen et de François Bayrou: «Je ne me dis pas sans arrêt “si je dis ça, ça va exploser d'un côté” ou “si je dis ça, ça va exposer de l'autre”. Je suis un homme libre.»


Petite musique

Cette fois-ci, François Fillon accompagnait le président-candidat. L'occasion pour le premier ministre, qui avait appelé à voter contre le FN aux dernières cantonales, de faire entendre sa petite musique. Avec sobriété, il a appelé les électeurs à «l'indépendance d'esprit». «Ne croyez pas ceux qui se livrent à de savantes arithmétiques électorales. Les citoyens ne sont pas des chiffres (…), des pions qu'on déplace. Les millions de Français qui n'ont voté ni pour le candidat PS ni pour le président ne sont les otages d'aucun parti.» François Fillon a jugé «injuste de traiter certains électeurs en pestiférés alors que la République doit rassembler».

De son côté, le patron de l'UMP, Jean-François Copé, qui s'est offert une petite victoire symbolique en prenant la parole après le premier ministre, a terminé son discours en jouant les Cassandre: «Si le malheur absolu faisait que François Hollande devenait président, il nous annonce pour 2013 le droit de vote des étrangers! C'est une ligne rouge!»

Retrouvez cet article paru le 25 avril 2012 sur le site du Figaro