Elisabeth Lévy, Eric Zemmour

2 juin 2010, jolie brasserie rue de la Grange aux Belles tenue par une famille française d’origine kabyle –et oui l’assimilation ça marche quand on croit en la France-, nous avions tous des gueules d’atmosphère et c’était presque une soirée d’été.

Il faut dire que choisir Boboland -le chef lieu du camp du Bien,  à deux pas du canal Saint-Martin où fleurirent les tantes des Don Quichotte-, pour tenir une messe noire, ne manquait pas de culot.

Rassurez-vous le choc des civilisations n’a pas eu lieu. Zemmour et Lévy ont tenu le crachoir devant une assemblée bigarrée, mais courtoise comme on les aime. Pour les chiffres réels demandez à la Préfecture de Police ; pour les organisateurs, en incluant piliers de bars et intermittents du spectacle ça tournerait du côté de 150. Quel genre ? Des membres de la Gauche Moderne -la parisienne et la francilienne, évidemment-, des UMP -nos compagnons de combat par l’odeur du souffre alléchés-, des badauds, des locaux, des êtres humains tous dotés d’oreilles et de cerveaux, des crinières grisonnantes, des jeunes gens élégants et des jolies filles à la tête bien faite, des personnes issues des fameux réseaux sociaux de l’Internet et peut-être même des gens du PS, préférant sécher leur réunion de section pour se frotter à la réaction et jouir de leur propre  transgression. On les comprend, Zemmour et Lévy c’est quand même plus glamour que Martine Aubry ou Anne Hidalgo.

Faut dire que les deux invités valaient le détour. Zemmour, d’abord. Un sacré bagou ce petit Zébulon ! Et avec ça un humour…, une sensibilité… -certes récemment mise à mal par la secte des vigilants... Mais c’est difficile d’avoir la peau du garçon, tout simplement parce que ce que les gens aiment en lui s’appelle la liberté, et qu’il est du coup vraiment populaire.

Zemmour ne sert pas des éléments de langage inconsistant à force d’être pesés au trébuchet. Son truc c’est plutôt le discours de fond avec un bel arrière-plan historique. Son programme est clair : pour accéder à la vérité il faut accepter de nommer le réel, vous savez, celui qui fâche les belles âmes.

Z nous a conté son histoire, comment une fois après avoir eté désigné officiellement cible officielle par la bien-pensance hard version féministe, il a choisi de relever le défi. Zemmour c’est un gars qui aime la littérature et les champs de bataille. Sa vision du monde doit plus à la lecture de Balzac qu’à celle de Pierre Bourdieu, il préfère défendre l’héritage que gloser sur les héritiers. Pour lui comme pour Finkielkraut, c’est avec la littérature qu’on apprend à être français et à aimer sa patrie. Et Zemmour il fait aimer la France et la langue qui va avec.

Comme une sage-femme de plateau télé, il aide la pensée de ses interlocuteurs à accoucher selon les règles de la maïeutique, comme on disait dans le monde d’avant, du temps des humanités. Dialogue riche, parfois vif mais ciselé et civilisé. Intarissable, il a répondu à chacun, dédaignant l’art de l’esquive.

Et puis est arrivée Elisabeth Lévy, jolie tornade emplie d’une vitalité gouailleuse. Babeth n’est pas du genre chichiteuse ; plutôt guerrière et pas pleureuse pour un centime d’euro.

Très en verve, elle a même osé parler d’Israël et du bateau humanitaire, vous savez le génocide flottant perpétré par ces cochons d’Israéliens. Oui bien-sûr on peut émettre de solides réserves sur la politique israélienne de blocus, juger disproportionné l’usage de la force, souhaiter ardemment la création d’un Etat palestinien, penser que cette opération a été monté par un cabinet de guerre un peu déficient à l’image de notre affaire du Rainbow Warrior. Mais tout de même, cette indignation si unanime est suspecte. Elle contribue à disqualifier toute forme de nuance. Elisabeth rappelait qu’en cas de condamnation à mort requise à l’unanimité, les sages du talmud prescrivaient la libération immédiate du prévenu.

Babeth a été de tous les combats contre le premier pouvoir, titre d’une émission dédiée au décryptage des médias qu’elle co-animait avec notre ami Gilles Casanova sur France Culture. Depuis son éviction du service public,  elle a monté sa propre entreprise de malpensants avec Causeur, site et magazine papier vendu sur abonnement.

Elisabeth a dialogué chaleureusement et vigoureusement avec une salle qui, sans être unanime -manquerait plus que ça-, a goûté sa liberté de pensée et de ton.

Stimulant pour l’esprit, réconfortant pour tous, il s’est vraiment passé quelque chose de jubilatoire et de très humain. Il faut bien-sûr saluer la gracieuse Diane Lebeguec, animatrice de LGM Paris, qui introduisit la soirée, Gérard Delahaye modérateur de choc ainsi que Samuel Berthet le responsable des Etudiants, qui s’est sacrément démené pour que l’opération soit couronnée de succès. Objectif atteint.

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