Drame de Lampedusa : Communiqué de Jean-Marie Bockel

Communiqué de M. Jean-Marie Bockel

« Drame de Lampedusa : Une inacceptable vérité de part et d’autre de la Méditerranée »


Au-delà de l’effroyable tragédie humaine qui a coûté la vie à 300 migrants africains, majoritairement érythréens, embarqués clandestinement sur un navire qui a pris feu au large des côtes italiennes, non loin de l’île sicilienne de Lampedusa, de nombreuses voix se sont fait entendre sur la nécessité de réformer Schengen.

Il faut, en effet, enfin s’accorder sur une politique d’immigration globale, en renforçant notamment les moyens de contrôle, principalement maritimes, aux frontières extérieures de l’UE, entre l’Afrique et l’Europe, ici à Lampedusa, entre l’Asie et l’Europe, à la frontière gréco-turque.

Cette question si essentielle soit-elle, réclamant plus de solidarité, de courage et de cohésion entre les Etats de l’UE, ne saurait néanmoins faire oublier la vraie question que ce nouveau drame soulève : celui des « inacceptables » communs, qui de sauvetages en naufrages récurrents, endeuillent des familles issues des rives Nord et Sud de Mare Nostrum.

Le PS, encore une fois, se trompe dans la désignation d’un coupable idéal, celui d’une hypothétique « Europe forteresse ». Certains en son sein, ne craignant plus le ridicule, vont même jusqu’à professer que ce drame serait une conséquence de la guerre en Libye !

Non, en réalité, comme nous y a invité le pape François il y a quelques semaines lors de son déplacement à Lampedusa – et avant lui Monseigneur Domenico Mogavero, l’Evêque de Mazarra-del-Vallo, port sicilien le plus proche des côtes africaines – cette tragédie est avant tout celle de la « globalisation de l’indifférence ».

Les chiffres parlent d’eux même et nul n’est besoin d’une réunion de crise, comme celle qu’appelle de ses vœux Jean-Marc Ayrault, pour comprendre l’inévitable impasse dans laquelle l’Europe se trouve.

Lampedusa, Pantelleria, situées à 100km de la Libye et à 200km de la Sicile, auront ainsi vu transiter, depuis 2011, plus de 50 000 migrants à la suite des Printemps arabes.

Depuis 1999, ce sont plus de 200 000 migrants qui ont transité par Lampedusa.

Quel paradoxe en effet, de constater que bien que la Banque mondiale ait – dans son dernier rapport – rappelé que 10 des 19 économies les plus dynamiques étaient africaines, l’asymétrie du développement entre les deux rives de la Méditerranée poussent encore de nombreux Africains, majoritairement jeunes, à se livrer « pieds et mains liés » à des réseaux criminalisés d’immigration.

L’urgence est collective. La sécurité du continent européen dépend aussi et surtout du développement des économies et de l’émergence des démocraties équilibrées sur la rive sud de la Méditerranée.

C’est sur cette question que la France et l’Europe sont attendues et c’est sur la thématique de l’accompagnement au développement que ces dernières resteront audibles.

Pour cette simple raison, une relance de l’Union pour la Méditerranée, injustement dénigrée par ce gouvernement, qui avait pourtant remis, à l’initiative de Nicolas Sarkozy, au centre des politiques communes la sécurité humaine, doit être une priorité.