Discours de Jean-Marie Bockel - Université d'été du Nouveau Centre - 1er sept 2012

Discours de Jean-Marie Bockel - Université d'été du Nouveau Centre le 1er septembre 2012


Cher Hervé MORIN,
Mesdames, Messieurs les Parlementaires,
Cher Yvan LACHAUD qui nous accueille sur ses terres,
Mesdames, Messieurs les élus et responsables du Nouveau Centre,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,

Je voudrais vous remercier de m'avoir invité à m'exprimer devant vous aujourd'hui, alors que le Nouveau Centre tient son université d'été.


Il paraîtrait qu'entre le Nouveau Centre d’Hervé Morin, la Gauche moderne que je préside, les Radicaux de Jean-Louis Borloo et tous nos autres amis centristes de ces formations qui nous rejoindront tôt ou tard, parce qu'ils nous rejoindront – et je voudrais saluer aussi nos amis du MoDem qui sont aujourd’hui représentés, l’heure serait encore aux escarmouches, aux embuscades !

Eh bien – c'est l'ancien ministre des Anciens combattants qui parle –, je n'ai pas l'impression, en nous voyant réunis aujourd'hui, que ce soit réellement ce qu’attendent tous ceux qui veulent le rassemblement des familles du centre droit et au centre gauche. Cela me semble être même tout le contraire.

Alors, oui, peut-être, parfois, des divergences strictement formelles, des différences d'appréciation et, pourquoi ne pas le dire, des querelles de personnes ont pu jeter le trouble dans les esprits. Mais l'essentiel n'est pas là. L’essentiel n’est plus là !


Car, sur le fond des choses, nous n'avons jamais cessé d'être en parfait accord. Tous : ceux qui sont là, comme ceux qui ne sont pas là. Oui, tous nous partageons l'analyse suivant laquelle la France a aujourd'hui besoin d'une grande force politique centrale.

Et les cent jours d'exercice prétendument normal du pouvoir par le nouveau président de la République nous justifient pleinement.

Raymond Barre avait raison : un pays, ça ne se gouverne pas à droite, ça ne se gouverne pas à gauche, un pays toujours se gouverne au centre.

Nous sommes le centre. Nous sommes les héritiers de cette grande tradition qui place l'intérêt supérieur du pays au-dessus de tout. Nous sommes ceux qui avons l'audace de dépasser les clivages idéologiques pour parler vrai, pour parler juste.

Voyez : François Hollande s'est fait élire, au final, sur deux choses. D'abord sur la détestation, largement entretenue dans l'opinion publique, de Nicolas Sarkozy. Ensuite, sur un projet, une plate-forme de gouvernement censée rallier à elle tout le spectre électoral de gauche : des sociaux-démocrates jusqu'aux communistes.

Et, pour tout dire, il ne s'était pas mal débrouillé. Il avait promis de réformer de fond en comble le pacte européen de stabilité. C'était promis, juré, craché. Et même les partisans de Jean-Luc Mélenchon étaient satisfaits à la simple vue de ce volontarisme qui caressait leur rejet viscéral de l'Europe.

Où en est-on aujourd'hui ? Le Président de la République va faire voter au Parlement, lors de la prochaine session, le traité européen sans aucune modification d'aucune sorte.

Je ne vais pas m'en plaindre : je fais partie de ceux qui pensent sans une réduction conséquente de notre stock de dette, nos perspectives de croissance et de compétitivité seront toujours amoindries. Et, au Parlement, il est fort vraisemblable que je le vote, ce texte, puisqu'il me paraît conforme aux intérêts de la France, de l'Europe et de son économie.

Regardez la question des campements illégaux de Roms. Le ministre de l'Intérieur est dans son rôle de faire appliquer des décisions légitiment prises par des tribunaux. C'est l'application de la loi. Et cela s'appelle, la République.

Mais, cher Hervé, quand nous faisions partie hier encore, avec Jean-Louis Borloo, du gouvernement de François Fillon et que les mêmes procédures étaient mises en œuvre (dans des proportions beaucoup moindres encore, aux dires des associations), l'opposition et une certaine presse osaient parler du mot infâme de « rafles ».

Mais n'allez pas me dire qu'il ne se trouve aucun électeur de François Hollande à se sentir aujourd'hui floué, berné, cocufié. Ils attendaient la réalisation des promesses électorales et ils ont l’application du principe de réalité.

Des exemples semblables, il y en a d'autres. Vous les connaissez. C'est le gaz de schiste, c'est le prix de l'essence, ce sont les internats fermés, c'est la filière nucléaire, ce sont tous ces sujets qui alimentent les divergences et les chicanas à l'intérieur même de la majorité et du gouvernement.

Si nous, centristes, nous jouons au petit jeu de l'opposition systématique, alors nous n'aurons rien compris à rien.

Sur le nucléaire, vous voulez dire quoi ? Duflot a tort, Montebourg a raison ?
Sur les Roms, vous voulez dire quoi ? Taubira a tort, Valls a raison ?

Cela nous avancera à quoi ?

Quelle crédibilité une telle attitude apporterait-elle au centre ?

Il y a bien pire, en vérité, que de jouer éternellement les supplétifs : se cantonner à être les arbitres des élégances.

Eh bien, le message que je suis venu vous porter aujourd'hui, c'est celui là uniquement : nous ne sommes pas condamnés à cela.

Je crois au centre. Je crois à la nécessité de former, dès à présent, une grande formation politique centrale qui rassemblera toutes les composantes de la famille aujourd’hui dispersées, c’est cette Alliance qui manque tant à la France.

Elle lui a manqué hier. Elle lui manque encore davantage aujourd'hui. Formons-la.

Et cette Alliance, forte de ses composantes, de ses aspirations, de sa diversité, n'aura qu'une seule ligne : parler vrai, parler juste, réussir l'alternance.

Que croyez-vous que les Français vont penser de la gauche au pouvoir d'ici quelques mois, lorsqu'elle aura tout oublié des promesses de la campagne ?

Se tournera-t-elle vers la droite et nos amis de l'UMP ? Ce n'est pas sûr. Ils ont leurs propres problèmes à régler. Digérer une défaite, en tirer les conséquences, élire un président et, par la même occasion, régler quelques autres menus problèmes...

Eh bien, nous nous serons là. Nous serons là pour proposer aux Français une autre voie.

Je vous le dis : nous avons mieux à faire que de jouer aux « Tontons flingueurs » contre le gouvernement. C'est un bon film, l'un des meilleurs, je vous le concède. Les dialogues y sont excellents. Mais ça ne fait pas une politique de tirer sur tout ce qui bouge.

Nous, notre rôle c'est de prendre de la hauteur, dans l'analyse et dans la réflexion. De construire des propositions, un projet pour demain. C'est ce que les Français attendent de nous. Car une bataille s'ouvre, c'est la bataille des idées.


Voilà où est notre force. Construire, dès à présent, un centre fort, un centre audacieux, un centre surprenant.

Arrêtons d'avoir des arrière-pensées : occupons-nous à redonner plutôt toute sa force à ce courant de pensée qu'est le centre. Voilà ce que la France attend. Voilà ce qu'elle espère. Et si elle n'en est pas tout à fait convaincue aujourd'hui, elle s'en rendra vite compte demain.

Alors, bien sûr, il y a nos amis et partenaires de l'UMP.

Nous ne voulons pas être leurs supplétifs. La chose est entendue. Eh bien, commençons, cher Hervé, par ne plus avoir de complexes.

Nous n'avons pas besoin de nous transformer en Caligula qui disait « Qu'ils me haïssent pourvu qu'ils me craignent ». Car, il se peut même qu'un jour nos amis de l'UMP finissent par reconnaître nos mérites et nous aimer. Nous n'avons en vérité qu'un seul mot d'ordre : « Soyons forts et nous serons respectés. » Respectés pour nos idées, pour nos convictions, pour notre humanismes. Respectés pour notre parler vrai, pour notre parler juste. Respectés parce que nous serons le centre. Respectés parce que nous oserons enfin être ce que nous sommes.

Là voilà, cette voie centrale pour la France. C'est à nous, à nous et à personne d'autre, de décider si nous voulons oui ou non la suivre. C'est à nous, à nous et à personne d'autre, de la construire. Et ne manquons pas d’ambition ! Osons jusqu’à nous fixer comme objectif de vouloir rééquilibrer le rapport de force avec notre partenaire naturel UMP.
Sincèrement est-ce que notre partenariat avec l’UMP serait affaibli si notre famille remembrée faisait jeu égal, ou même osons tout si notre mouvement politique prenait leadership dans l’opposition d’aujourd’hui ou la majorité de demain ?
A cette question en vérité chacun d’entre vous répondrait que ce serait plus que bénéfique !
Certes il y a du travail !
Alors allons à l’essentiel…

La seule question que nous avons à trancher, c'est de savoir si nous acceptons de nous rassembler, de nous fédérer, de nous unir, pour être plus forts ensemble.

La seule question, c'est de savoir si nous avons l'audace d'être simplement nous-mêmes. Churchill écrivait : « La plus grande peur d'un homme public c'est de parvenir un jour à être lui-même et finalement à se ressembler. C'est pourtant sa plus grande chance. » Essayons, en ces temps de crise, de suivre le conseil de Churchill. Et construisons-la cette force centrale pour la France. Car c'est aussi notre plus grande chance.

Seul le prononcé fait foi