De la nécessité de réformes de structures de notre système de soins

Le patient – mais doit–on encore l’appeler patient, tant il en a assez de patienter -, le malade, donc, doit être replacé au cœur du dispositif de la santé, et son médecin traitant à côté de lui, qui est malmené depuis trop longtemps.

Il est illusoire de vouloir régler les problèmes de la médecine française par des mesurettes conventionnelles dans le cadre d'une convention médicale moribonde.Le patient – mais doit–on encore l’appeler patient, tant il en a assez de patienter -, le malade, donc, doit être replacé au cœur du dispositif de la santé, et son médecin traitant à côté de lui, qui est malmené depuis trop longtemps. Il est illusoire de vouloir régler les problèmes de la médecine française par des mesurettes conventionnelles dans le cadre d'une convention médicale moribonde.

Il y a 20 ans, le médecin généraliste avait un pouvoir d’achat sensiblement identique à ce qu'il est aujourd'hui, mais il était respecté. Nous percevons sa légitime amertume  et regrettons ce défaut de reconnaissance. Car une médecine de qualité a nécessairement pour socle la participation active du médecin généraliste, qui est celui qui connaît mieux le malade est le plus à même d'effectuer une prise en charge globale. Car une médecine préventive et efficace ne peut s‘appuyer que sur les médecins généralistes.

La nécessaire rationalisation de la Santé, conjuguée à l’évolution de la société qui fait aujourd’hui du malade  un consommateur de santé, ont fait disparaître le concept du « médecin de famille ». C’est ce concept que nous entendons promouvoir à nouveau. Le médecin,  généraliste et /ou spécialiste, doit retourner au soin, alors que les  tâches administratives de toute sorte l’en éloignent  aujourd’hui.

Des réformes structurelles sont nécessaires si nous voulons maintenir la qualité de la médecine française et l’égalité aux soins. Il a été décidé récemment de réduire la durée d’hospitalisation dans les structures de soins en favorisant la médecine ambulatoire. Mais aucune mesure visant à compenser la réduction du nombre de lits d’hospitalisation n’a été prise.

Or, partout en France, les Urgences sont le lieu d’un délire de consommation médicale depuis 10 ans. Faute d’alternative aux soins, faute de maisons de santé en nombre suffisant, s’y pressent en foule nombre de malades, qui sont irrités par l’attente et qui harassent les médecins.

Aujourd'hui, un urgentiste passe en moyenne 35 % de son temps à trouver une place à ses patients ! Il est donc urgent de construire un plan à 5 ans ou 10 ans,  définissant une prise en charge soit en médecine ambulatoire programmée, soit en médecine ambulatoire non programmée.

En d’autres termes, il est urgent de réfléchir aux modalités d’hospitalisation des patients transitant par les secteurs d’urgence…On peut former et embaucher autant de personnel sanitaire que l'on veut, tant que ce problème ne sera pas tranché,  les urgences resteront le tonneau des Danaïdes.

Il faut réfléchir dans ce contexte au rôle des maisons de santé, des maisons médicales de garde, d'« hôtels de santé » destinés à l'hébergement provisoire des patients présentant un problème, non uniquement médical, mais médico-social. Il faut proposer une réforme intégrant la démographie médicale et le rôle des hôpitaux dits périphériques. Alors seulement pourront être pris en charge de façon adaptée les grands seniors poly-pathologiques et les problèmes médico-sociaux qui n'ont rien à faire l'urgence, mais qui ne peuvent pas actuellement aller ailleurs…C’est à ce prix que l’on pourra espérer sauver non seulement notre médecine mais aussi la sécurité sociale.

 

Prof. Brigitte MAUROY,

Secrétaire nationale à l'autonomie, aux personnes handicapées et aux personnes âgées