Chronique de Marc d'Héré : Répondre au sentiment d'injustice

Se répand, en ce moment en France,  sans doute à tort, mais plus fort que jamais, un sentiment d’injustice. L’action du politique et particulièrement celle de l’exécutif est jugée injuste, dans un moment où les difficultés sont réelles pour beaucoup de Français, et sont annoncées ou envisagées des mesures rigoureuses d’économie. Ce sentiment, renforcé et aiguisé de manière démagogique par les opposants socialistes et les médias qui les soutiennent, tire sa force  de quelques évènements parfois sérieux, souvent futiles mais qui sont tous interprétés comme illustration d’une situation d’inégalités intolérables et  d’injustice évidente: privilèges imprudences ou erreurs   de certains ministres,   projet rigoureux de réforme des retraites, rappel intéressé du comportement passé, mais périodiquement ravivé, du Président…

Il ne faut pas laisser les Français partir en vacances sur ce sentiment, qui nourrira à l’envi durant ces deux mois les conversations, alimentées par une presse qui  remplacera le vide des informations estivales et son renoncement définitif à   toute réflexion, par le ressassement ou la fabrication de « scandales », propres à lui assurer des lecteurs.

Nicolas Sarkozy vient d’annoncer  quelques excellentes mesures  de limitation drastique des voitures et logements de fonction, la diminution du nombre de collaborateurs ou le rappel de  la règle de  prise en charge par les ministres de leurs dépenses personnelles. Il a annoncé la suppression de manifestations coûteuses comme la Garden-party ou les chasses de l’Elysée.

Ces mesures qui devraient sans doute  apporter en année pleine près d’ un milliard d’euros, même si Jérôme Cahuzac l’inénarrable président socialiste de la commission des finances, estime l’économie insignifiante (!),  sont de bonnes mesures, qui vont dans le bon sens. Pourtant, elles ne répondent que partiellement à l’incompréhension  des Français et à leur exaspération devant. Elles touchent pour l’essentiel à la réduction du train de vie de l’Etat quand les Français attendent que soient personnellement « concernés » les individus appartenant à ce qu’ils estiment être les privilégiés , soit pour être sanctionnés,  soit pour que soient supprimés leurs avantages indus, soit pour  qu’ils participent concrètement et financièrement aux efforts demandés à tous. 

Nicolas Sarkozy doit prendre conscience que ce sentiment d’injustice est très fort, qu’il pollue toute sa politique,  et qu’aucune mesure  même la plus justifiée ne pourra être approuvée tant qu’il  subsistera.

Le Président  pourrait à l’occasion du 14 juillet,  adresser aux Français  un discours  d’effort et de cohésion nationale…A cette occasion il évoquerait  un certain nombre de mesures concrètes de « justice ».

Pour  les mesures qui viennent d’être annoncées, il pourrait préciser combien  sont déjà entrées en application: nombre de voitures de fonction ou de logements de fonction déjà supprimés en 15 jours, ce qui montrerait qu’il ne s’agit pas que d’annonces…auxquelles les Français ne croient plus du tout !

Il devrait être  mis fin aux fonctions des ministres Blanc et Joyandet, qui ont, au moins, été négligents,  leurs responsabilités étant reprises par certains de leurs collègues.

Eric Woerth, dont la probité ne peut être mise en cause devrait, pour éviter tout soupçon ou conflit d’intérêt,  être déchargé de sa fonction de trésorier de l’UMP (la règle pourrait d’ailleurs être posée de l’incompatibilité entre la fonction de ministre et celle de dirigeant d’un parti politique).

Les rémunérations du Président,  des ministres et parlementaires (voire celles d’autres responsables) devraient être gelées pendant 3 ans.

L’augmentation de la tranche supérieure d’impôt sur le revenu, de 1% (hors bouclier fiscal), prévue dans le plan  pour les retraites devrait au moins passer à 3% !

Et d’autres mesures sont certainement envisageables…

Seule l’annonce de mesures de ce type pourrait commencer à retourner le sentiment général que le gouvernement mène une politique injuste (ce qui n’est pas exact). Chaque semaine passée  sans réaction forte du Président,   ne fait   que consolider ce sentiment et rend de plus en plus  difficile de s’y opposer efficacement.

Marc d’Héré