Boat people en Méditérrannée

Tribune de Jean-Marie BOCKEL

 

"Boat people en Méditerranée : l'urgence de soigner les symptômes sans oublier d’en combattre les causes"

Depuis 2000, 22 400 boat people sont morts dans les eaux européennes en essayant de fuir la misère, les persécutions, la guerre civile, ou l’effondrement de l’État dans leur pays d’origine.

Dans le cadre de la préparation de mon rapport sur les conséquences humanitaires des actions menées par « l’État islamique », adopté par l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe le 21 avril, j’ai pris pleinement conscience des conditions dramatiques dans lesquelles vivent les réfugiés. Leur venir en aide est un devoir.

Nous devons tous manifester notre solidarité avec les pays qui bordent la Méditerranée et qui sont les premiers, tels que l’Italie et la Grèce, à accueillir les réfugiés. Nous devons établir un plan d’accueil concret, réalisable, et équitable pour tous les pays européens. C’est en nous coordonnant, en répondant d’une seule voix à cette crise humanitaire, que nous ferons honneur aux valeurs qui sont les nôtres.

Néanmoins, ne nous y trompons pas. Si l’accueil des réfugiés par les pays européens est nécessaire, il ne peut être que transitoire et limité. Il nous faut mettre en place un dispositif réaliste nous permettant de protéger les populations tout en garantissant leur intégration, c’est-à-dire en régulant les flux migratoires et en s’attaquant aux raisons qui les ont poussés à quitter leur pays.

Bien plus qu’une crise humanitaire, cette crise est en effet sécuritaire et politique.

Lundi, les ministres européens des Affaires étrangères et de l’Intérieur ont entériné un plan de lutte contre les réseaux de passeurs, qui sont à l’origine des drames – parfois des crimes – auxquels nous assistons. Aujourd’hui, les dirigeants de l’Union Européenne réunissent un conseil européen extraordinaire pour faire face à la crise des migrants en Méditerranée. Le but des États européens est, à raison, de réviser l’opération Triton, afin de combattre efficacement les actions criminelles des passeurs.

Que cette initiative soit saluée, et se renforce !

Il faut aller plus loin et s’attaquer à la source des maux des migrants. Il est évident que la paix dans les pays du Sud, et l’endiguement des vagues migratoires du Sud vers le Nord, sont avant tout affaire de développement économique. Sans l’extrême pauvreté et, lorsqu’il y a lieu, la spoliation des ressources stratégiques du pays, les sources de la guerre civile, du terrorisme et des flux migratoires massifs se tarissent d’elles-mêmes.

Il est tout aussi évident qu’adresser ces questions ne peut se faire dans l’urgence. Veillons à ce que les erreurs stratégiques commises en Irak et Libye ne soient pas reproduites. La reconstruction des pays d’origine nécessitera indubitablement du temps et une vision de long-terme. Elle nécessitera une aide de la communauté internationale, mais également un engagement des gouvernements des pays d’origine des migrants à financer la reconstruction de leur modèle institutionnel, économique et sécuritaire.

C’est sur ce chemin que nous devons maintenant nous engager.

Jean-Marie BOCKEL

Porte-parole de l'UDI en charge de la politique étrangère

Vice-président de l'UDI

Président de La Gauche Moderne