« Un problème de leadership »

Un an, quasiment jour pour jour, après l’élection de François Hollande à la présidence de la République, les élus haut-rhinois sont partagés sur ce premier bilan. Même à gauche, les avis sont parfois acerbes.

Commençons malgré tout par le plus indulgent : Pierre Freyburger – ceci explique sans doute cela – est socialiste, tout comme le président de la République. « J’ai envie de répondre à partir de la situation locale , commence le chef de file de l’opposition municipale à Mulhouse. Qu’est-ce qui a changé depuis un an pour Mulhouse ? Côté positif, un certain nombre de réponses concrètes ont été apportées, comme la création d’une zone de sécurité prioritaire (ZSP), une rentrée scolaire menée dans un climat apaisé, ou la sélection de Mulhouse parmi les dix premières qui expérimenteront les nouveaux contrats de ville. Je ne suis pas pour autant dans le déni des difficultés. La question centrale, aujourd’hui, c’est celle de l’emploi. Si le climat social se dégrade, c’est que nous n’avons pas été au rendez-vous des espérances soulevées en la matière, mais il serait injuste de faire porter le chapeau à Hollande pour toutes les difficultés du pays. François Hollande est un président intègre. Peut-être qu’après toutes les affaires récentes, le gouvernement aurait besoin d’un nouveau départ, d’un nouveau souffle… »

Un remaniement ? Pierre Freyburger marque une petite pause, hésitant, avant de lâcher : « Oui, ça fait sans doute partie des solutions. »
« Un problème de leadership »

Un remaniement (bis) ? Jean Rottner, maire (UMP) de Mulhouse balaie l’hypothèse de la main. « Ce qu’il faut, sans tarder, c’est plutôt un changement de politique. Il est grand temps de réduire enfin les déficits publics, de moins prélever les Français et de laisser plus de liberté au monde économique… Je préfère la fin d’une catastrophe à une catastrophe sans fin ! François Mitterrand avait eu l’intelligence de le comprendre, en 1983. Pour l’instant, François Hollande, lui, se fracasse sur réalité du pays. Plus besoin de réaliser des sondages, il suffit d’être au contact de la population pour le comprendre que la déception est là… On est face à une crise politique globale. »

« Ça n’est pas un problème d’intelligence, ni de volonté de bien faire , commente pour sa part Jean-Marie Bockel, président de la M2A (Mulhouse Alsace agglomération) et prédécesseur de Jean Rottner au poste de maire de Mulhouse. François Hollande est également quelqu’un de sympathique et qui aime son pays. Tout cela n’est pas en question. Simplement, il a, au plus haut de l’État, les mêmes défauts qu’il montrait déjà à la tête du PS, où je l’ai bien connu. Je lui en ai même parlé directement, à l’époque. Cette difficulté à savoir trancher, ce problème de leadership, c’est l’une des raisons pour lesquelles je me suis éloigné du PS. Or aujourd’hui, il se comporte encore comme le dirigeant indécis du parti socialiste. De ce grief découlent tous les dysfonctionnements observés depuis un an. »

N’en jetons plus. Seule exception notable concédée par Jean-Marie Bockel : l’intervention au Mali. « Là, Hollande a su prendre la bonne décision et trancher à temps, sur un sujet lourd de conséquences. C’est justement cette capacité à trancher qui lui manque le reste du temps. »


L’intervention au Mali, il en faudrait plus pour contenter Aline Parmentier – son souci est ailleurs : « L’an passé , lance la secrétaire départementale du PCF 68, François Hollande disait que son ennemi, c’est la finance. Eh bien c’est fini, on n’y croit plus ! Le plus grave, c’est qu’aucune réponse n’a été apportée à l’urgence sociale. L’augmentation alarmante du chômage constitue un signe d’échec patent de la politique d’austérité suivie au niveau européen et français. La politique de Nicolas Sarkozy a été sanctionnée en 2012, pour qu’on en finisse avec la domination de l’argent-roi et pour qu’une vraie politique de gauche soit enfin mise en œuvre… Pourtant, un an après, le changement promis n’est pas au rendez-vous. Entre l’ANI [Accord national interprofessionnel de sécurisation de l’emploi], cette loi voulue par le Medef, ou la ratification du traité budgétaire européen par le parlement, les Français ont été trahis ! Ce n’est pas seulement du désenchantement que l’on perçoit dans l’opinion, mais aussi de la colère. »
« Les Français ont été trahis »

À l’autre bout de l’échiquier politique, enfin, Martine Binder (Front national) dresse un réquisitoire particulièrement virulent : « Un an après son élection, je ne vois vraiment rien de positif à mettre à l’actif de François Hollande. Il s’est fait élire sur le rejet de Nicolas Sarkozy et sur des mensonges. L’année dernière, il promettait du lait et du miel pour tout le monde… Pour quels résultats aujourd’hui ? Aucun ! Regardez la situation des ouvriers de Florange, les emplois d’avenir promis aux jeunes, etc. Tout ça, c’est du pipeau. Le truc le plus phénoménal, c’est cette histoire de traité européen Merkel-Sarkozy, jamais renégocié ! »

Conclusion sans appel de la patronne haut-rhinoise du FN : « Hollande ne tient pas ses troupes et il manque cruellement de courage politique. Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Finira-t-il son mandat ? C’est à se le demander – en tout cas, je le vois gros comme une maison, contraint de dissoudre l’Assemblée nationale l’année prochaine, après une double déculottée aux élections municipales et européennes. »

Rendez-vous dans un an pour vérifier cet augure – et tirer le bilan de la deuxième année de mandat.


Retrouvez cet article d'Emmanuel Delahaye paru 5 mai 2013 sur www.lalsace.fr