« Rassemblement au centre »

Face à un centre en ordre de dispersion, Jean-Louis Borloo a fondé son propre groupe à l’Assemblée Nationale. Autoproclamé patron du centre, la démarche enthousiasme ses confrères mais la personnalité de l’ancien ministre de Sarkozy ne fait pas l’unanimité.

Dans la nébuleuse centriste, qui compte autant de courants que de chefs de file, Jean-Louis Borloo tente un coup de force : s’autoproclamer leader du centre. « D’une certaine manière, ça y ressemble » a même expliqué l’ancien ministre de l’écologie ce matin sur Europe 1.

La veille, il se faisait élire président d’un nouveau groupe à l’Assemblée Nationale : l’Union des démocrates et  indépendants (UDI), rassemblant des radicaux, des centristes et des indépendants. Au total, une vingtaine de députés et sûrement plus le rejoindront, pour former l’équivalent de l’Union centriste au Sénat. Objectif : reconstruire le centre et le faire pencher à droite, comme ce fût pour  l’UDF avant son absorption par l’UMP.

Profitant de l’émiettement du centre et  de la déroute de la droite après la présidentielle, Jean-Louis Borloo souhaite profiter d’un désir d’unité de nombreux parlementaires centristes. « C’est une très bonne initiative », affirme Jean Arthuis, président de l’Alliance centriste au Sénat. Même discours pour le sénateur Modem du Pas-de-Calais  Jean-Marie Vanlerenberghe. « Jean-Louis Borloo construit à l’assemblée Nationale ce que nous avons fait au Sénat depuis plusieurs années (…) dans un contexte tout à fait favorable. » Et les deux sénateurs de répéter en chœur qu’il « fallait faire taire les égos. »
« Un des hommes de la situation »

Tous les voyants semblent donc au vert pour un rassemblement au centre droit, en tant qu’allié de l’UMP. Car Jean-Louis Borloo n’a pas la même notion du centre que François Bayrou, qui refusait toute concomitance avec la droite ou la gauche. « La Vème République ne permet pas des vies de célibataires » corrige Yves Pozzo Di Borgo, membre du Nouveau centre.

Derrière cette unité de façade, la candidature de Jean-Louis Borloo n’est pas un plébiscite. « C’est un des hommes de la situation » explique sobrement Jean Arthuis. « Il a montré qu’il n’était pas si proche de l’UMP » se justifie Yves Pozzo Di Borgo, en référence au départ de l’ancien ministre de l’UMP. «Mais ce n’est pas le deus ex machina » finit par lâcher Jean-Marie Vanlerenberghe.

Pour Jean-Marie Bockel, le président de la Gauche moderne, soutien de Jean-Louis Borloo, la reconstruction du centre « ne peut pas passer par une auto-proclamation. »
« Borloo ? ca fait partie des problèmes, explique t-il. J’ai beaucoup d’estime pour lui mais il n’a plus la même légitimité qu’auparavant ». La présidentielle et la candidature ratée de l’ancien maire de Valenciennes  ont laissé des traces.
Deuxième chance pour Borloo

Aujourd’hui, c’est le président du Nouveau Centre Hervé Morin qui annoncé son ralliement. « Je souhaite avant tout que les valeurs centristes puissent avoir toute leur place dans l'opposition, et que nous puissions peser dans le débat », affirme t-il au Point, en soulignant qu’il n’avait « aucune intention de laisser le Nouveau Centre se fondre dans un autre parti. »

Les centristes sont désormais plus prudents. Encore en travers de la gorge, l’échec de l’Alliance républicaine, écologiste et sociale (Ares), une confédération de partis du centre qu’avait déjà initié Jean-Louis Borloo en juin 2011. Son apogée devait arriver en avril 2012 avec la candidature de son président. « Morte avant d’avoir vécue » avait alors déclaré Yves Jégo, l’un des fondateurs de l’Ares après le retrait de son président.
Prudence voire méfiance, les centristes avancent à tâtons pour enfin rassembler leur famille.

 

Retrouvez cet article paru le 20 juin sur le site www.publicsenat.fr