L'actualité de Jean-Marie Bockel

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Routeurs chinois : le rapport américain «conforte» Bockel dans ses positions

Publié le 16 Octobre 2012

Interview - Dans une interview accordée à ZDNet.fr, le sénateur Jean-Marie Bockel salue le rapport de la Commission du renseignement du Congrès américain, qui "conforte" ses positions sur les routeurs chinois. Mais dit ne pas être "naïf" face aux intérêts américains.

En présentant hier un rapport préconisant de bannir les routeurs chinois de ZTE et Huawei des cœurs de réseau aux Etats-Unis, la Commission du renseignement du Congrès américain a mis les pieds dans le plat. Elle estime qu'à l'heure actuelle, les routeurs, déployés entre autres grâce à un dumping supposé pratiqué par la Chine, ne permettent pas de garantir la sécurité et l'absence d'espionnage.

Folie, pour Huawei et ZTE, mais pas pour Jean-Marie Bockel. Le sénateur a présenté un rapport d'information au Sénat en juillet dernier sur le thème de la cyberdéfense, où il préconisait également l'interdiction des routeurs "ou d'autre équipements de cœur de réseaux qui présentent un risque pour la sécurité nationale, en particulier les routeurs et certains équipements d'origine chinoise."

Les routeurs, "facilitateurs"de l'espionnage chinois ?

Pour le sénateur (Union centriste), que nous avons pu interroger par téléphone, la proposition de la Commission américaine du renseignement le "conforte dans (ses) positions. Je n'avais pas pris ces positions à la légère, contrairement à ce qu'on a pu laisser entendre. Et ce que montre ce rapport américain, c'est qu'il y a un certain nombre d'éléments convergents sur la réalité des attaques et de l'espionnage en provenance de Chine, et sur le rôle de facilitateurs que jouent ces routeurs de cœur de réseaux qui se vendent partout aujourd'hui."

Pour ZTE, la position américaine est "décevante. Il faut noter qu'après une enquête d'un an, la Commission fait reposer ses conclusions sur l'idée que ZTE puisse 'ne pas être libre de toute influence'. Cette idée pourrait s'appliquer à toute entreprise basée en Chine. La Commission n'a pas testé la capacité de ZTE de desservir le marché américain en se basant sur un schéma de pratiques illégales ou non-éthiques," critique le fabricant dans un communiqué.

Cette absence de preuves ne tient pas vraiment face au principe de précaution que semble invoquer le législateur américain. De même, la défense de Huawei qui peut se résumer par "nos clients nous font confiance, donc nous en sommes dignes," ne convainc pas.

Pour Jean-Marie Bockel, "le problème est plus compliqué qu'une simple reconnaissance commerciale. Tout ce que fabriquent Huawei et ZTE n'est pas à mettre dans le même sac. Ce sont des industriels de qualité, ce que personne ne conteste, mais leur pratique du dumping pour se développer à l'international doit déjà nous pousser à prendre des précautions."

Protectionnisme ou compétitivité ?

Pour autant, la réponse américaine est-elle proportionnée ? La Commission du renseignement entend bannir les routeurs et équipements de cœur de réseaux des appels d'offre, et proscrire toute opération de fusion-acquisition impliquant ZTE ou Huawei sur son sol.

"Je ne suis pas naïf," précise Jean-Marie Bockel, "il faut garder une distance par rapport au renseignement américain, parce qu'on peut considérer qu'entre grands pays, l'objectivité totale n'existe pas. Les Américains ont de grandes entreprises à mettre en avant, comme Cisco, et il y a toujours le risque de viser le protectionnisme. Quand ils prennent des mesures drastiques, ils savent qu'ils ont un plan B."

Les Etats-Unis seraient d'ailleurs "hyper outillés" pour le renseignement, et donc bien mieux préparés à défendre leur industrie que la France. "Les Britanniques ont par exemple pu mettre en place des conditions très stricts, avec des critères. Ils imposent à Huawei un centre de contrôle sur leur territoire, des labels qui ont un coût et réduisent donc le dumping… Et ils ont mis en place des outils de bonne qualité pour repérer les problèmes. Nous en avons aussi, avec l'Anssi, mais ce n'est pas achevé ou complet."

Jean-Marie Bockel, qui dit ne vouloir être "ni dans la naïveté, ni dans la diabolisation," s'inspirerait volontiers de l'exemple britannique. Et imagine même que cela pourrait permettre l'émergence d'un champion européen.

"On a Alcatel-Lucent, on a Ericsson, on peut même imaginer un rapprochement entre les industriels européens pour faire un consortium. On est parvenu à le faire dans l'aéronautique… Je ne dis pas qu'il faut tomber dans le protectionnisme, ce n'est jamais une bonne solution, mais nous pourrions avoir un consortium à la taille suffisante pour être compétitif. C'est vrai que ça prendra un certain temps, mais si cela permet de lutter contre le dumping, avec des fabricants chinois qui font des produits 30% moins chers, c'est un vrai sujet de débat."

> Retrouvez cet article paru le 9 octobre sur le site www.zdnet.fr