L'actualité de Jean-Marie Bockel

Sénateur du Haut-Rhin


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Le pape François vu du Sénat : « Une dimension messianique »

Publié le 16 Mars 2013

Le Saint-Siège n’est plus vacant. Le pape François, premier non-Européen à porter la tiare de Saint-Pierre, est appelé à régner. Au Sénat, son élection a surpris mais emporte l’adhésion. Personnage « atypique » et « charismatique » selon certains, il doit maintenant « passer à l’échelle universelle ».

Depuis mercredi soir, le Saint-Siège n’est plus vacant. Le cardinal de Buenos Aires, Jorge Bergoglio, 76 ans, succède en effet à Benoît XVI à la tête de l’Eglise catholique. Le pape François, un nom choisi en référence à Saint François d’Assises, est réputé pour sa simplicité, son engagement auprès des plus pauvres et son goût pour l’action de terrain. Lors de sa première prise de parole de pape au balcon de la basilique Saint-Pierre, il a dégagé, selon Jean-Marie Bockel, sénateur UDI-UC et vice-président du groupe d’amitié France-Sant-Siège, « une très bonne impression de simplicité, de douceur, de proximité avec les gens ».

« Un personnage atypique »

Mais cette simplicité ne doit pas faire oublier un conservatisme doctrinal dans la droite ligne de son prédécesseur. « Il ne fallait pas s’attendre à une rupture », estime Jean-Marie Bockel. La position officielle de l’Eglise sur un certain nombre d’enjeux sociétaux ne devrait donc guère évoluer : François est ainsi fermement opposé à l’avortement, même en cas de viol, et au mariage homosexuel – « une prétention de détruire le projet de Dieu », a-t-il déclaré en 2010. Et pourtant, ce nouveau pape incarne incontestablement la nouveauté à la tête de la communauté chrétienne : Argentin, il est le premier non-Européen à monter sur le trône de Pierre. Il est aussi le premier Jésuite à se voir confier cette mission. Bien que principal concurrent de Joseph Ratzinger en 2005, son nom n’était mentionné dans aucun des pronostics des observateurs cette année, et son élection a provoqué la surprise dans le monde entier. Un personnage intriguant ? « Non, répond Jean-Marie Bockel. Un personnage atypique ».

« Je ne le connaissais pas avant son élection », concède Charles Revet. Pour le sénateur UMP et président du groupe France-Saint-Siège, « il ne faisait pas partie des papabili cités fréquemment, mais s’il a déjà été pressenti en 2005, c’est qu’il bénéficiait d’un a priori très favorable parmi les cardinaux ». Celui qui allait devenir souverain pontife aurait notamment impressionné ses pairs, lors du pré-conclave, par sa volonté forte de réformer la curie et la gouvernance de l’Eglise, l’un des principaux défis qu’il devra relever. Charles Revet est « convaincu » qu’il y parviendra. « En élisant un pape de terrain, les cardinaux ont fait en sorte que les problèmes auxquels l’Eglise est confrontée soient traités, dans le suivi de Benoît XVI ».

« Mettre un coup de pied dans la fourmilière »

Pour Hugues Portelli, sénateur UMP et membre du même groupe d’amitié, « ce nouveau pape a un forte expérience des phénomènes de pauvreté et de marginalité. Cette doctrine sociale de l’Eglise était passée au second plan depuis la chute du communisme et la montée de la mondialisation. Je crois qu’il pourra remettre cette éthique sociale au premier plan ».

« La personnalité, ça compte dans ce genre de fonctions, poursuit Jean-Marie Bockel. Il sera à même de rétablir le contact avec les chrétiens, mais aussi l’humanité entière. Il a une certaine forme de charisme ; pas le même que Jean-Paul II, certes. C’est un intellectuel, mais ce n’est pas antinomique avec l’action de terrain. On attend de lui une démarche réformatrice du fonctionnement de l’Eglise, une capacité à ré-impliquer les laïcs et les croyants dans la vie de l’Eglise, mais aussi à susciter des vocations, comme il a su le faire dans les favelas argentines ». Ce qui est « essentiel », à son sens, « c’est sa dimension messianique, le ré-enchantement qu’il peut porter. Il est caractérisé par une certaine distance qui lui permettra de mettre un coup de pied dans la fourmilière lorsque ce sera nécessaire ».

« Les papes échappent à leur propre histoire »

Aussitôt élu, le passé du nouveau pape a refait surface. Son effacement présumé sous la dictature de Jorge Videla, voire sa complicité avec le régime, sont les seuls points noirs d’une carrière fulgurante – des accusations qu’il a toujours démenties. « Bien malin qui peut juger de cela sur la base d’éléments pas forcément avérés, nuance Jean-Marie Bockel. Il faut être extrêmement prudent : les témoignages sont contradictoires et on voit bien que ces accusations sont reprises par des tendances contestataires, nostalgiques de la théologie de la libération ». Cette tendance doctrinale, qui a ensuite inspiré un mouvement politique, s’est développée en Amérique Latine à la fin des années 60. Elle prône la libération des plus pauvres et dénonce le capitalisme comme cause de l’aliénation des peuples.

Difficile de dessiner les contours du pontificat à venir de François. « Lorsqu’ils sont élus, les papes échappent à leur propre histoire, ils ont un nouveau rôle et doivent se redéfinir eux-mêmes », estime Hugues Portelli, qui souligne « l’ouverture d’esprit et l’universalisme » du nouveau chef spirituel des quelques 1,2 milliard de catholiques dans le monde. « Il sera intéressant de voir comment il passera de l’échelle argentine à l’échelle universelle ».


Retrouvez cet article paru le 14 mars 2013 sur le site www.publicsenat.fr