L'actualité de Jean-Marie Bockel

Sénateur du Haut-Rhin


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François Hollande a toujours été libéral, mais il manque de courage pour l'assumer publiquement

Publié le 17 Février 2012

Interview de Jean-Marie Bockel sur le site atlantico.fr

Interrogé par des journalistes britanniques, le candidat PS a insisté sur le fait que la gauche française avait "libéralisé l'économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation" pendant les 15 ans au cours desquels elle a gouverné. Ancien camarade du socialiste, passé ensuite au gouvernement, Jean-Marie Bockel dénonce la face cachée de François Hollande.


Atlantico : Interrogé par des journalistes britanniques, le candidat PS a insisté sur le fait que la gauche française avait "libéralisé l'économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation" pendant les 15 ans au cours desquels elle a gouverné. Le candidat socialiste dessine-t-il ainsi en creux le constat d’une certaine partie de la gauche française dépassée ?

Jean-Marie Bockel : Oui, la gauche française telle qu’on la connait en France et telle que François Hollande la défend dans cette campagne est dépassée. Cette vision libérale, il l’a pourtant depuis une trentaine d’années. Il pensait déjà comme ça lorsqu’il était dans le club témoin de Jacques Delors où nous assumions une ligne sociale-libérale assumée.

Depuis qu’il a des responsabilités au Parti socialiste, notamment comme Premier secrétaire, il a fait table rase sur cette vision libérale. La difficulté, pour François Hollande, c’est le manque de courage dont il a fait preuve pendant toutes ces années. Il a l’intelligence pour faire évoluer le PS mais n’a jamais osé se lancer.

C’est justement parce qu’il est lucide et conscient de ce caractère invendable de cette espèce de pseudo socialisme à la Française, qu’il essaie de l’occulter. Comparé à d’autres sociales démocraties, notre modèle est une abomination. Il a simplement dit aux journalistes britanniques ce qu’il pense vraiment.

C’est aussi pour cette raison que Jean-Luc Mélanchon revient sur le devant de la scène. En étant constamment à la traine dans le discours public et en défendant une espèce de gauche à gauche de la gauche, on laisse la porte ouverte à des courants intemporels. Une pratique qui a instauré une vision de ce que doit être la gauche qui n’a plus aucun avenir. Le PS l’a laissé prospérée pendant des années.

Au cours de cette campagne, François Hollande va être de plus en plus confronté à ces contradictions. Le décalage entre ce qu’il pense réellement et le dispositif à la tête duquel il se trouve se fait de plus en plus évident. Au-delà de cet incident relayé par la presse britannique, certaines personnalités socialistes, tantôt un Michel Sapin, tantôt un Jérôme Cahuzac, se répandent dans les médias semaine après semaine pour essayer d’expliquer un programme, une vision politique, qui sont marqués par la contradiction.

Il peut être rassurant, par rapport à certains éléments complètement irréalistes du projet socialiste, de voir qu’il n’est pas parfaitement représentatif de ce que défend le candidat. Mais en même temps, il est inquiétant de voir à quel point la contradiction est forte entre ce que les électeurs pensent que fera leur candidat et ce qu’il fera réellement.

Si François Hollande ne clarifie pas son discours, il risque de s’empêtrer dans ces contradictions. Mais s’il le fait, il risque de s’éloigner de ceux qui envisagent aujourd’hui de voter pour lui.

Pourquoi François Hollande ne peut-il pas assumer une position plus libérale au sein du socialisme français ? Ne peut-on pas, en France, être de gauche et libéral ?

Il faut se rappeler qu’à l’époque où la gauche était au gouvernement, le socialisme faisait du libéralisme sans le dire. C’était notamment le cas sous Lionel Jospin. Tout cela a fait beaucoup de tort à l’idéal social-libéral. Tout simplement parce que le social-libéralisme assume ses positions sociales et ses positions libérales. En ne l’assumant pas, la gauche française a en réalité fait du libéralisme débridé pour compenser les dérives de lois comme celle des 35 heures qui n’ont fait que causer des dégâts.


Tout cela relève d’une politique à l’ancienne dans laquelle on ne dit pas ce que l’on fait. Ces méthodes ne fonctionnent plus aujourd’hui. Les électeurs attendent de leurs politiques d’agir avec transparence. Les dirigeants, socialistes y compris, ont multiplié les dérives et les Français ne l’acceptent plus.

En faisant référence à cette période libérale, François Hollande fait preuve d’un certain renoncement. Il abandonne une véritable politique industrielle, comme l’a fait Michel Jospin avec son fatalisme face aux fermetures d’entreprises.


Les propos que François Hollande a tenu devant la presse britannique, pourrait-il les tenir face au public français ?

Ce discours perturberait profondément une partie de son électorat. Cela pourrait également favoriser un candidat comme Mélenchon, l’abstentionnisme ou même un vote vers un autre extrême. Il a commis une imprudence en tenant ces propos. Il a dévoilé ce qu’il pensait profondément.

C’est un mauvais début pour une campagne. Maintenant que Nicolas Sarkozy est officiellement candidat, il ne manquera pas de le débusquer, thématique par thématique. Une bonne présidentielle réclame une confrontation d’idées. Encore faut-il que les idées soient assumées. La période des sondages se termine, il va falloir entrer dans le débat. François Hollande va devoir mettre de l’ordre dans son projet : assumer ce social-libéralisme, qui était le sien il y a 15 ou 20 ans : soit il assume une vision archaïque du socialisme, soit son adversaire le fauchera sur cette duplicité.

Retrouvez cette interview parue le 17 février 2012 sur le site atlantico.fr