Emmanuel Dupuy : Développer une culture de la résilience…pour prévenir la délinquance

Développer une culture de la résilience…pour prévenir la délinquance

Emmanuel DUPUY

 

 

La société moderne est dominée par une technique qui règle, de plus en plus, ses modes de vie. Une technique complexe et donc fragile et qui, par là même, fragilise les secteurs dans lesquels elle intervient.

La sécurité de ceux-ci devient donc une préoccupation essentielle non seulement des pouvoirs publics mais aussi de la population.

Deux phénomènes, en apparence contradictoires, se développent actuellement dans la plupart des états.

Le premier est celui d’un individualisme exacerbé qui ne connaît plus de limite avec l’apparition des moyens de communication qui permettent à l’individu de s’exprimer sans contrainte mais l’isolent du dialogue avec l’autre. Cela explique le sentiment de solitude et de désintéressement que paraît manifester la jeunesse par rapport à un engagement envers la collectivité nationale.

En revanche, il faut constater que, sous cet individualisme, la jeunesse a conservé tout un potentiel de générosité qui ne demande qu’à se dévouer au service des autres. Les associations à caractère humanitaire ne manquent pas de bénévoles, les catastrophes naturelles provoquent des élans de solidarité qui se traduisent par des engagements physiques et non, seulement, monétaires.

Par exemple, l’esprit de défense, entendu au sens le plus large du terme de l’engagement dans la sécurité nationale à la solidarité contre le malheur, est toujours présent au plus profond des hommes et des femmes d’aujourd’hui.

Néanmoins, pour le rendre effectif, il faut qu’il soit enseigné, d’abord, offert ensuite comme un engagement volontaire et désintéressé au service de la Nation, de la communauté des citoyens et à celui des déshérités du monde.

Tout cela débute par un constat simple : si les politiques publiques de sensibilisation et d’accès au civisme, et de valorisation de celui-ci sont bien en place, elles sont néanmoins dramatiquement dispersées, sans véritable ossature politique, ni réelle architecture ordonnée.

Tous les moyens existent pourtant pour réaliser la cohésion entre les citoyens mais, si nous avons à notre disposition une merveilleuse « boîte à outils », pour fabriquer le lien entre les citoyens, l’on a pas voulu ou su vraiment comment s’en servir réellement.

Aussi convient-il de mettre en exergue les piliers fondamentaux de notre République que sont la Liberté, l’Egalité, la Fraternité, la Laïcité auxquels il convient d’ajouter la Démocratie, éléments moteurs du « vouloir vivre ensemble » et de la mise en exergue du sens de l’intérêt général ; éléments fortement mobilisateurs pour la jeunesse, en particulier dans un contexte où le brassage et la cohésion nationale doivent d’avantage être multi-générationnels, multiculturels et de facto caractérisés par la reconnaissance des droits et des devoirs de chacun à chaque étape de sa vie de citoyen.

Dès lors, le lien « citoyenneté - civisme - esprit de défense » nécessite d’affirmer d’emblée, un message politique ambitieux.

Au lien consubstantiel existant entre sécurité, citoyenneté et civisme, il paraît déterminant d’ajouter la notion d’esprit de défense, qui participe au maintien du lien entre la Nation et ses forces armées devenues professionnelles.

On ne peut, en effet, se sentir pleinement citoyen si l’adhésion à la Nation évite de poser ce lien Armées-nation.

Cependant, cette identité nationale, que nous sommes nombreux à vouloir qu’elle s’inscrive spontanément  dans chaque parcours individuel s’acquiert, se construit, se comprend et s’entretient.



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Renforcer une citoyenneté plus partagée et plus solidaire en s’appuyant sur la notion de « l’esprit de défense »


Considérer que l’édifice proposé ci-après ne peux être construit qu’en l’associant à l’Ecole où chacun doit trouver sa place et son implication individuelle nécessaire, selon ses propres capacités pour bâtir la cohésion collective.

Si l’école est le rendez-vous obligatoire des quelques 12 millions d’élèves scolarisés, il convient de réaffirmer que deux autres éléments structurent l’égalité républicaine réelle : la cohésion familiale et les élus locaux, qui bien souvent constituent les premiers chainons de la relation jeunesse - autorité.

Il convient aussi de rappeler une vérité que d’aucuns n’ont eu de cesse d’oublier, à savoir que l’on ne connait jamais aussi bien son pays que lorsque l’on a contribué à mieux en comprendre la longue gestation.

La connaissance et la mémoire du passé avec ses ombres et ses lumières, ses moments de détresse et de gloire, sont un point de départ de l’unité de la Nation.

De facto, on ne saurait défendre un pays que l’on ne connaît pas !

C’est donc bel et bien, aussi, en mettant en exergue les éléments « qui cimentent » le sentiment d’attachement solidaire à la Nation qu’apparaîtront les lacunes qu’il conviendra de combler.

Mais « l’esprit de défense », aujourd’hui, ne s’exprime plus avec les mêmes mots ni à travers les mêmes valeurs qu’hier.

« Patriotisme », « héroïsme », « honneur » peuvent sembler appartenir à un passé révolu, au cours duquel se sont illustrées de nombreuses générations du feu, tandis que la défense des droits de l’homme et de la paix mobilisent l’essentiel de l’engagement de la jeunesse d’aujourd’hui qui a la chance de vivre dans une Europe en paix.
Les nombreuses initiatives prises, récemment, en faveur de la mise en exergue de l’engagement des jeunes, au premier lieu desquels la mise en place effective du service civique - agissent comme un véritable révélateur du besoin de reconstruire ce qu’il convient d’appeler l’amalgame ou le brassage républicain qui, depuis la suspension du Service national, manque d’un lieu, et d’une solennité que de nombreux Français(e)s souhaitent retrouver.

Il est cependant exclu de revenir en arrière, ce qui serait contraire aux principes nouveaux de la stratégie de la France inscrits dans le Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité, et aller de l’avant tout en mettant en valeur tous les efforts actuels d’acteurs institutionnels ou associatifs pour conserver la cohérence du parcours de citoyenneté.

Plusieurs constatations liminaires peuvent ainsi être dégagées :

Le premier constat est que le parcours scolaire obligatoire (primaire, secondaire) mais aussi celui, facultatif et volontaire (enseignement supérieur) sont les périodes charnières qui permettent aux individus de devenir pleinement citoyens. L’éducation du plus grand nombre, la transmission à tous de la connaissance, prennent une dimension bien particulière au niveau d’une classe d’âge d’environ 780 000 jeunes ;

Le second constat est qu’il est nécessaire que le sentiment de participer au service de l’intérêt général tienne compte de la relative dilution sur le territoire des organes chargés de sa mise en œuvre. Il est indispensable d’aboutir à l’unification des consciences individuelles dans une vision collective du civisme et de l’appartenance à la communauté nationale. Ce tronc commun doit mener à la conscience commune du civisme, de l’appartenance à la communauté nationale et à une citoyenneté réelle et concrète plus active reposant sur la redécouverte de la morale républicaine, sur les conditions du vivre ensemble qui comportent des droits et des devoirs, et sur les vertus du volontariat et du bénévolat…

Le troisième constat nous amène à estimer que le rendez-vous de la Jeunesse avec la Nation doit s’enraciner dans tout le territoire de la République et chez tous les acteurs qui y sont associés (élus, collectivités territoriales, milieu associatif, acteurs économiques et syndicaux).

Le quatrième constat est celui de l’importance du maintien des symboles qui rappellent, en permanence, l’union de la Nation et l’esprit de la République.

Ces derniers fondent la « Geste républicaine », celle qui a accompagné, de tous temps, l’engagement des citoyens. L’hymne national, le drapeau, mais aussi, le rappel des évènements qui ont témoigné de l’union de la collectivité des citoyens.

La diffusion du principe de résilience va dans le même sens, car il se fonde sur l’unité spontanée même si elle peut être encadrée de toutes les couches de la population dans la volonté de défense contre toute menace au-delà même de la mise en œuvre des moyens prévus pour y faire face.

Dans son chapitre 18 consacré à l’adhésion de la Nation, le Livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale souligne ainsi, clairement, l’importance déterminante de la prise de conscience collective, notamment chez des jeunes, de ces enjeux de défense et de sécurité.


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Tendre vers la résilience dans la formation initiale et l’engagement professionnel « tout au long de la vie »

Le Livre Blanc constitue en lui-même une façon différente de penser la défense en lui associant la notion de sécurité nationale. Il est ainsi sans doute plus facile de créer une adhésion de la nation, et de la jeunesse en particulier, à des enjeux de sécurité collective qu’à des enjeux de défense armée d’autant que ces derniers sont, actuellement et depuis plusieurs années, extérieurs au pays.

On rejoint ici la notion déjà ancienne de défense globale ou la notion plus récente de défense en profondeur, qui caractérise le concept de résilience.

Cette notion de résilience induit aussi que les élus (puis par retransmission des connaissances la population française) disposent d’un bon niveau d’information sur les questions de défense.

Il faut également souligner que les domaines évoqués plus haut font intervenir une notion supra-nationale de ces risques, très proche de la perception mondialiste que peut actuellement avoir notre jeunesse, et son élite en particulier.

Il y a là une difficulté à communiquer et à faire adhérer à des mesures de défense qui restent du niveau national. Dans ce contexte, la perception des armées par cette jeunesse et la société en générale en est faussée.

Elle estime que, par essence, pour les armées, l’enjeu est national ; le métier des armes est sanctuarisé, a fortiori depuis la professionnalisation ; le militaire est perçu comme un personnage en marge de la société qui fait un métier « à part » ; la perception de ses missions est erronée en ce qu’elle est essentiellement destinée à maintenir la paix et non à faire la guerre ; la « grande muette » reste une image solidement ancrée dans les esprits.

Il y a donc là un enjeu majeur qui conduit à donner une nouvelle image de la défense en apportant une vision nouvelle sur l’utilité de l’outil défense confié aux armées et sur les compétences des militaires.


Les forces armées doivent conserver toute sa place, essentielle dans la défense de la nation et toujours indispensable dans notre société.

Un dialogue modernisé entre l’université et l’enseignement supérieur, dont est issu l’encadrement militaire, d’une part, et le monde de l’entreprise, de l’autre, qui a vocation à accueillir plus systématiquement des militaires, doit pouvoir contribuer utilement à ce décloisonnement.

S’il s’établit, ce dialogue permettra de mobiliser au service de l’Esprit de Défense, l’enthousiasme qui, quelles que soient les causes qui le mobilisent, demeure la caractéristique de notre jeunesse.
C’est là une ambition, rendue nécessaire par le délitement d’une partie de notre jeunesse, qui, s’y n’y prenons garde, pourrait remettre en cause durablement les fondements de notre « vivre ensemble ».


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Le parcours du civisme, de la citoyenneté et de l’esprit de défense n’est pas à découvrir, il doit être seulement mieux défini, et mieux balisé.

C’est dans cet engagement totalement citoyen pour la défense des valeurs de la République, et pour la promotion de tout ce qui constitue son existence, de l’économie au patrimoine culturel, que réside notre identité nationale.

 


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