Quel rôle l'école doit-elle jouer ? Quelles valeurs doivent être transmises ? Quelles réformes doivent-être menées ?

L'Université

C’est dans l’enseignement supérieur que se joue pour une bonne part l’avenir de la société et de l’économie. L’Université est, ou doit être toujours davantage, une chance pour le développement des savoirs fondamentaux, pour la recherche, pour notre rayonnement international, pour notre développement économique. Pour sortir de la compétition in‐ternationale par le haut, il nous faut plus de diplômés, il nous faut développer des compétences et des qualifications que les autres n’ont pas, ou possèdent à un moindre niveau.


Nos universités et nos grandes écoles ont été longtemps des lieux dans lesquels et grâce auxquels l’ascenseur social fonctionnait. Elles ont largement contribué au rayonnement scientifique de notre pays. Mais elles ont peine aujourd’hui à tenir leur rang dans la concurrence internationale et elles ne permettent plus la promotion sociale. En même temps
qu’on multipliait l’accès aux universités, on négligeait l’orientation, on ne réformait pas les structures et on n’augmentait pas les ressources La dépense moyenne par étudiant dans notre pays est nettement inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE.

Alors qu'on évoque l'émergence d'une « société de la connaissance », nos universités, manquent de moyens, souffrent d’une organisation rigide et peu incitative, n’ont pas autant d'étudiants qu’elles devraient et ceux‐ci sont rarement les meilleurs au plan international. Une telle situation est préoccupante pour notre avenir collectif.

Le rôle de l’université

Il est évident que l'Université française est en crise. L'Université n'est pas tout l'enseignement supérieur français, elle subit durement la concurrence des grandes écoles (pour lesquelles doivent être ouvertes des filières d’accès permettant la diversité) et celle de filières de formations sélectives : BTS, IUT – lesquelles font formellement partie des uni‐ versités. Il faut d’une part construire des passerelles entre ces différents systèmes – per‐ mettre aux universités de mettre en place des classes préparatoires par exemple ou créer des écoles doctorales communes – et surtout rendre l’Université compétitive. Lui rendre son excellence.

La mission première de l'Université est de produire et de transmettre des savoirs. Elle est responsable de la qualité de la formation initiale et continue qu'elle délivre et de la transmission des moyens intellectuels, scientifiques et culturels à même d'assurer une citoyenneté démocratique éclairée.

Elle est aussi et officiellement chargée de l’insertion des étudiants qu’elle forme. C’est une mission essentielle à laquelle elle répond imparfaitement.
Le problème d'aujourd'hui est bien le trop grand fossé entre l’Université et la société « réelle ». Au lieu de se rétrécir, dans une société dans laquelle, la concurrence et la communication s’imposent, le fossé se creuse encore. L’université offre souvent des formations sans se soucier suffisamment de leurs débouchés. Seules les grandes écoles sem blent se préoccuper de l’avenir de leurs élèves, mais dans un contexte d’un tel élitisme « sociétal », que le but dévolu par la République à l’enseignement n’est pas pleinement atteint.

En règle générale, les enseignants manifestent un désintérêt vis‐à‐vis de l’entreprise nous ne sommes pas au service de l’entreprise, disent‐ils ! Cette attitude rejaillit souvent sur les étudiants, qui eux‐mêmes sont souvent plus attirés par l’administration, les professions libérales, à la rigueur les grandes entreprises, que par les PME qui représentent pourtant le principal gisement d’emplois et qui ont besoin de cette main d’œuvre très qualifiée.
Si l’enseignement était efficace et suffisamment orienté vers l’entreprise, si les enseignants avaient suffisamment de rapports avec le monde économique, les étudiants, tout en bénéficiant d’un socle de culture générale, pourraient trouver plus facilement à s’insérer dans le marché du travail. Et les entreprises trouveraient davantage à l’université les personnels qualifiés et adaptables dont elles ont besoin.
On pourrait même envisager de voir les entreprises, ou les branches professionnelles participer à l’orientation pédagogique de certains enseignements ou filières.


Le rôle de l'université est aussi de préserver des disciplines rares, voire élitistes, même sans grands débouchés, afin de conserver et de perpétuer l'excellence de la réflexion, l’universalité des préoccupations et des domaines d’étude et l'exigence, par ricochet, de la qualité intellectuelle globale.

L’organisation de l’Université. La gouvernance

L’autonomie de gestion des universités était une exigence, l’absence de responsabilisa‐ tion, de capacité d’initiative et de pression concurrentielle tendant à altérer la qualité et le coût du service. Cette autonomie doit pouvoir se développer, tout en conservant à l’État ou aux pouvoirs publics, un rôle de garant de l’intérêt général.

La loi sur l’autonomie (LRU) est en cours d’application et 20 universités sur 85 sont d'ores ert déjà autonomes.
On doit aller au bout de cette loi voire la dépasser, en accélérant le nombre d’universités qui choisissent l’autonomie. On doit accorder aux universités encore davantage de libertés dans le choix de leurs intervenants, dans la définition et les modalités de leur politique salariale, les possibilités de recueillir des fonds, de prendre plus rapidement des décisions stratégiques, de coopérer avec le monde économique, d’opérer des regroupements, y compris avec des universités européennes ou des grandes écoles.

L’État doit renoncer à tout contrôle à priori (ce qui n’est pas encore le cas notamment pour certaines décisions budgétaires). Seuls les contrôles a posteriori demeurent légitimes.

Un rôle (qui doit être encore renforcé) est accordé au Président d’université élu, qui dispose, avec le Conseil d’Administration (fort justement réduit en nombre de membres, tout en étant plus ouvert sur la société) d’une grande capacité de décision, et d’animation.
C’était une nécessité. Une condition pourtant, que le rôle du Conseil d’administration ne soit pas minimisé et que pour assurer la vitalité scientifique, le corps des chercheurs et enseignants ait sa place aux côtés des présidents d'Université, en veillant à ne pas opposer gestion et science, car c’est de manière collégiale que sera définit le projet universitaire.

Pour son administration l’université doit disposer en quantité et en qualité suffisante de personnels administratifs et techniques spécialisés, formés et motivés. Une véritable gestion des ressources humaine doit pouvoir assurer un recrutement de qualité, la gestion et la direction effective de ces personnels. Des universitaires volontaires doivent y participer.


Les budgets

La France consacre nettement moins de moyens financiers que la plupart de ses voisins à l’Université. Ce n’est pas acceptable. Il faut porter progressivement le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche à des niveaux compatibles avec nos ambitions, à l’instar d’autres pays qui font notamment de la recherche leur cheval de bataille économique. Pourtant l’histoire de tout notre système éducatif nous enseigne qu’un surcroit de moyens n’est certainement pas en lui même la solution…

Si l’État – et les régions – doivent augmenter régulièrement leur participation au financement des universités, en fonction des objectifs fixés, des performances constatées et du nombre d’étudiants, les universités doivent être largement autorisées à se procurer des moyens propres. Plusieurs possibilités s’offrent à elles qu’elles doivent toutes utiliser :

* la passation de contrats de recherche ou de développement avec des organismes publics ou des sociétés privées. Des interventions dans le cadre de la formation professionnelle
* la collecte de fonds privés par la création de fondations, ce qui reste assez lourd et peut être encore simplifié et étendu
* La propriété de leurs bien immobiliers (que l’État doit mettre aux normes avant de les céder aux universités) qui leur permettra soit de les vendre, soit d’emprunter, soit d’en tirer des profits en les louant pour diverses activités (congrès, conférences, forums, spectacles…) l’élévation contrôlée des droits universitaires, liée à la mise en place de systèmes
* de prêts remboursables lorsque les étudiants auront trouvé un emploi, et au rythme permis par la qualité de l’emploi trouvé.

Il convient de fédérer toutes les ressources de l’enseignement supérieur, – particulièrement les universités et les grandes écoles – au service d’une politique de recherche exigeante qui doit conduire la France au‐delà des 2% du PIB. Mais, dans le même temps, les structures de la recherche doivent être modernisées, au risque de voir les injections de moyens supplémentaires rester sans guère d’effet. On doit aller vers des organisations basées sur des missions, des projets, liés à dtion de chercheurs fonctionnaires à vie, mal représente pas le meilleur gage d’efficacité.


Le recrutement, et l’évaluation des enseignants.

Il convient de donner toute latitude à l’Université et à son Président, assisté du Conseil d’administration, pour mener une politique de recrutement cohérente et indépendante.

Concernant le recrutement des professeurs, il est nécessaire de s’extraire d’un mouleunique de recrutement que constituent l’École normale supérieure et le concours del’Agrégation.
Il faut réfléchir à un système plus ouvert de recrutement qui puisse par exemple assurer la prise en compte des compétences acquises par les « post‐doctorants » et organiser une filière qui le permette.

On doit recruter parmi les doctorants, des enseignants pour encadrer notamment les deux premières années d’université (toutes disciplines confondues).

De même, il faut envisager le développement plus large du système des professeurs « invités » ou « associés », c’est‐à‐dire de professeurs étrangers de haut niveau venant pour une certaine période de temps, enseigner sur notre sol.

Une place importante doit être accordée au recrutement de contractuels, praticiens extérieurs à l’éducation nationale.

Les enseignants chercheurs pourront voir modulé, au cours de leur carrière, en fonction de leurs travaux et de leurs possibilités, le temps consacré à l’enseignement, à la recherche, ou à d’autres responsabilités de soutien à la mission de l’Université.

Le Conseil National des Universités a la responsabilité d’évaluer les universitaires et de gérer une part des promotions. Le Président d’Université, et le Conseil d’Administration juges notamment de l’implication de l’enseignant et des résultats auprès des étudiants, doivent participer à cette évaluation, et leur avis, largement peser. Le passage à une cul‐
ture de l’évaluation et du résultat, passe parfois mal dans la communauté universitaire, mais c’est une nécessité. La plus grande part des promotions, plus de 50% en tous cas, doivent relever du Conseil d’administration de l’université.
Une stratégie de revalorisation modulée de la rémunération des enseignants, notamment en début de carrière ainsi que de développement de la formation continue, doit être assurée.

Les cursus

Il faut distinguer l'accès à l'enseignement supérieur pour les bacheliers et l'accès aux masters.
En ce qui concerne l'entrée en licence, il convient de rappeler que le principe du libre accès de tout bachelier à l'enseignement supérieur est, en France, un des symboles mêmes de la démocratie, le pilier d'un droit à la formation pour tous. Il n'est pas possible aujourd’hui de revenir sur ce principe. Mais il n'en résulte pas, dans l'intérêt même des étu‐
diants, que n'importe quel baccalauréat puisse donner accès de plein droit à n'importe quelle filière universitaire.

Pour pouvoir accueillir à l'Université les divers publics issus des baccalauréats, il faut y créer aussi des parcours différenciés. Seule une modulation des formations pourra permettre de concilier les deux versants de l'idéal universitaire démocratique : l'excellence scientifique, et le droit à la formation pour tous, qui la fonde en tant que service public.

Il faut obtenir une meilleure qualité du premier cycle universitaire un meilleur taux de réussite, éviter le départ de milliers d’étudiants lors des deux premières années. On peut instituer une première année pluridisciplinaire, permettant de parfaire les connaissances générales, se familiariser avec une méthode et préciser son choix et son orientation.

Le recours à un service public actif et efficace d’orientation, doit être possible et facilité,
avant l’entrée à l’université, mais aussi tout au long des études et notamment au courdes deux premières années, pour permettre dans de bonnes conditions les réorientations possibles.

Dans tout cursus de licence doivent obligatoirement figurer des stages professionnels en entreprise, ou dans une profession libérale, suffisamment longs, et rémunérés.

L’université doit, au nom de son obligation de « l’amélioration de l’accompagnement vers l’emploi » , aider les étudiants à trouver ces stages, des conventions doivent être passées avec des entreprises. Les stages à l’étranger seront fortement encouragés et facilités, le programme européen Erasmus considérablement élargi. Une langue étrangère au moins
doit faire aussi partie de tout cursus.

Il convient de permettre une remise à niveau de ceux qui ne peuvent accéder immédia‐tement aux exigences universitaires par exemple en créant des cursus de licence en 4 ans, et de renforcer la formation pour d'autres publics, par exemple en créant des licences bidisciplinaires qui incarnent une des traductions concrètes possibles de l'idéal d'interdisciplinarité, si souvent proclamé et si rarement mis en œuvre.

En ce qui concerne les études de master, il est, de toute évidence, indispensable d'instaurer une sélection à l'entrée en première année et non en deuxième année, comme c'est le cas actuellement en application de la réforme des cursus de 2002 qui a créé le grade de master (système « LMD »). La rupture ainsi introduite au sein du cycle d'études de master
a d'emblée fragilisé ces nouveaux diplômes, en comparaison des anciens diplômes d’études approfondies (DEA) et diplômes d'études supérieures spécialisées (DESS) qu'ils remplaçaient. Il faut également supprimer la distinction entre masters professionnels et masters de recherche qui conduit paradoxalement à drainer vers les cursus professionnels les meilleurs étudiants, ceux qui seraient précisément les plus nécessaires dans les seconds.

Il convient de mettre en place des passerelles plus nombreuses et plus aisées entre les cursus. 30 ans après la « réforme Edgar Faure », incitant à la pluridisciplinarité, on observe qu’une des lacunes de notre système d’enseignement est justement le manque de… pluridisciplinarité.
Développer la pluridisciplinarité entre les différents cycles d’enseignement permettra de faire prendre conscience aux uns qu’il n’existe pas que les « sciences dures », et aux autres qu’il n’y a pas que les « sciences humaines ». L’exemple américain avec le « semestre culturel » qui apporte aux ingénieurs et aux cadres un véritable « plus » dans leur vie professionnelle est aussi une piste à prendre en compte.


Les étudiants, les deux premières années

La faiblesse des deux premières années dans l’Université conduit les élèves les plus brilants à choisir, dès leur sortie du lycée, les classes préparatoires. Cela a pour première conséquence de faire douter de la qualité de ceux qui s'inscrivent en première année de faculté. La seconde conséquence est d'amener également sur les bancs des universités  des élèves qui ne sont pas toujours à la hauteur pour aborder des sujets difficiles, ou qui ont été mal orientés. Le taux d'échec sur les deux premières années est impressionnant.
Près de 45% des étudiants abandonnent et quittent l’université sans aucun diplôme.

Le succès du plan « Réussite en licence », qui devrait réduire de moitié l’échec en premier cycle d’ici 2012, dépend de la qualité de l’accompagnement personnalisé de chaque étudiant, notamment pendant les deux premières années. Cet accompagnement reste souvent insuffisant, des moyens supplémentaires doivent y être consacrés. L’encadrement
des nouveaux étudiants, qui a toujours été une grande faiblesse de l’université, doit être amélioré. Des heures supplémentaires d’assistants, notamment pour des travaux dirigés supplémentaires, ou de post‐doctorants seront proposées, le recours à l’informatique développé, des enseignements de soutien ou de remise à niveau seront organisés, le tutorat développé. Les réorientations seront facilitées à toutes les étapes.

 

Les problèmes matériels

On constate que la plupart des étudiants font leurs études dans des conditions matériellesdifficiles. L’amélioration de la condition étudiante en termes de financement et de conditions de travail s’impose. Le refus actuel de regarder en face la variété des publics étudiants conduit en effet à leur paupérisation et à la dégradation de leur situation matérielle et intellectuelle au sein des Universités.

Les bourses sont d’un montant trop faible, leur versement est trop souvent retardé. Il faudrait augmenter leur montant, en diminuant leur nombre pour mieux les cibler sur ceux qui en ont vraiment besoin et obtiennent des résultats satisfaisants. Des systèmes de prêts garantis, remboursés après l’obtention d’un emploi, et au rythme permis par cet emploi, doivent être développés.
On peut envisager un système de revenu étudiant à partir de « fondations », revenu dont le montant évoluerait en fonction des résultats.
Seules, certaines grandes écoles, proposent un salaire à leurs élèves dès leur admission, à charge pour ces derniers de les rembourser par l’acceptation d’une période de fonction publique.

Les possibilités de logement sont rares et précaires. Il faut construire de nouvelles cités universitaires, développer encore les aides au logement étudiant, car ce problème est un facteur d’échec pour nombre d’entre eux.

 

Les post­doctorants ou docteurs, Il y a un « pillage des fonds publics » dans le cas de ce que l’on nomme aujourd’hui les « post‐doctorants ». Chaque docteur est, de par son travail, à la pointe d’un savoir dont la valeur est grande. Or, à l’heure actuelle, après le doctorat on n’a plus d’utilité pour l’université et la recherche, sauf à accepter une position assez misérable dans un « labo » du CNRS. Le système universitaire actuel produit des experts qui représentent une grande richesse pour notre pays et cette richesse est dilapidée sans remord. Elle doit être mieux utilisée, par l’Université et la recherche.

 

Prendre en compte les étudiants "adultes" et la Formation Permanente

La société ayant grandement changé, il est nécessaire de lutter contre les discriminations
fondées sur l’âge et ce bien au‐delà de la formation permanente indispensable, en favori‐
sant les reconversions et la créativité.

De plus en plus de personnes reviennent vers l’université soit pour actualiser leur savoir, soit pour se repositionner sur le marché du travail après une période de chômage plus ou moins longue, soit pour s’insérer à un haut niveau de recherche du fait de leur expérience professionnelle. Le modèle suédois a prévu ce « retour à l’université » et il a même insti‐
tué un « salaire » pour ces étudiants en échange de diverses prestations de leur part dans l’université et la recherche.

L’Université semble être le lieu privilégié pour prendre en charge le contrôle de la Formation Permanente. On sait bien désormais que le savoir doit être constamment actualisé tout au long de la vie. C’est l’une des portes d’entrée évidentes pour que l’enseignement parle à l’entreprise, et réciproquement.

 

> La suite : Nos conclusion sur l'éducation


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