Mais où les journalistes ont-ils passé leur week-end à La Grande Motte

Mais où les journalistes ont-ils passé leur weekend à La Grande Motte ? Etaient-ils bien avec nous à La Grande Motte, aux Université d’été de l’Ares, ont-ils assisté aux mêmes débats politiques, écoutés les mêmes discours, bu le même pastis que nous ?
Nous étions sur le départ, hier, encore tout enivrés de nos émotions du weekend, surexcités par les aventures politiques que nous venions de vivre ensemble et déjà impatients à l’idée de toutes celles qui nous attendaient, lorsque l’un d’entre nous a sorti un iPhone pour nous lire les titres et accroches des articles de presse au sujet de notre université d’été. Stupéfaction ! On ne parlait dans les médias qu’opposition de personnes, bisbilles entre les équipes, querelles internes probables, divergences politiques potentielles. Et surtout virtuelles ! Il faut vraiment avoir un cerveau de journaliste pour imaginer tout ça…
Nous sommes finalement revenus de notre étonnement. Notre petite troupe était trop sûre de son bonheur pour se laisser dégriser à si bon compte. Alors, après les premières exclamations de colère, nous nous sommes spontanément mis à en rire et, bons philosophes, nous avons commencé à disserter sur la bêtise parfois attendrissante, toujours ahurissante des journalistes. Nous assimilions ainsi ces aliments farfelus à notre joie générale d’être ensemble, que ces chicanes prolongeaient.
Mais en fait, nous disions-nous en substance, les journalistes sont-ils réellement venus avec nous à La Grande Motte ? Ne sont-ils pas restés scotchés à leur dessins-animés pour grands enfants, dans lesquels il est indispensable d’avoir pétards bruyants, personnages ridicules et animation continue ? Prisonniers de leur monde parallèle médiatique, celui de leur « storytelling » télégénique, les journalistes n’ont pas vraiment capté ce qui s’était passé ce weekend. Sinon, malgré le passage de quelques nuages solitaires, d’une certaine manière incongrus dans tout ce ciel bleu, ils auraient pu savourer le soleil de la Méditerranée, ils auraient pu gouter à notre bonheur général, que nous partageons généreusement. S’ils étaient venus à La Grande Motte, ils auraient pu voir tous ces militants trouver des ressources d’énergies prodigieuses pour faire exister un gigantesque événement avec des moyens pourtant très limités. Ils auraient pu entendre des paroles résolues et des messages de concorde. Ils auraient pu voir aussi tous nos jeunes des différents mouvements se fédérer au sein de l’Alliance –Jeunes et badiner entre eux, pour mieux se découvrir, s’unir dans un large rassemblement, pour préparer dans la bonne humeur ces projets communs, les imaginant grandioses. Ils auraient dû sentir l’enthousiasme que suscite cette aventure politique nouvelle, ils auraient pu jauger la force de conviction qui anime chacun d’entre nous et ils auraient été impressionnés par notre volonté de nous engager dans le combat politique.
Mais les journalistes sont passés à côté de La Grande Motte sans s’arrêter. Ou alors ils étaient là sans y être, pas vraiment là, avec nous. Ils sont restés dans leur bulle médiatique cotonneuse. Ils n’ont sans doute pas réellement regardé ni réellement écouté ce que nous disions et faisions. Sans doute avaient-ils déjà dans les yeux les images d’un film journalistique, sans doute avaient-ils dans les oreilles des écouteurs qui leur diffusait une petite musique journalistique sirupeuse comme la musique des centre commerciaux faite tout à la fois pour exciter artificiellement et endormir les consommateurs.
Dommage mais tant pis pour eux. Bientôt les Français découvriront le vrai visage de notre Alliance et la rencontre en sera d’autant plus forte et belle. Les médias ne pourront pas indéfiniment travestir la réalité avec leurs villages en carton-pâte Potemkine. A nous maintenant de dévoiler aux yeux du pays le cuirassé Ares, avec lequel nous irons au combat.

Samuël Berthet, Membre du Comité Permanent de La Gauche Moderne