Les Chroniques des membres de La Gauche Moderne

Suppression des devoirs à la maison : Réaction au projet du Ministre de l'Education Nationale

Publié le 12 Mars 2013

Chronique de Simon-Pierre Trezeguet :

Réaction au projet du Ministre de l'Education Nationale concernant la suppression des devoirs à la maison

Supprimer le travail à la maison : Monsieur le Ministre, ne vous trompez pas de combat !

 

Le Ministre de l’Éducation Nationale prévoit de faire interdire le travail à la maison dans le primaire. Deux raisons fondamentales sont avancées.  Un : l’utilité pédagogique n’a jamais été démontrée.  Deux : les devoirs à la maison contribuent à augmenter les inégalités.

Sur le premier point, nos expériences de parents, comme les conclusions de nombreux enseignants, montrent que les devoirs à la maison sont essentiels pour aider les enfants à consolider ce qu’ils ont appris en classe, reprendre les sujets qu’ils ont mal assimilés.  Quelques exemples : en lecture, les fiches à lire au CP sont particulièrement utiles pour multiplier les temps de lecture à voix haute de l’enfant, lui donner l’occasion de mettre en pratique sur des nouveaux mots les leçons apprises le jour-même, de revenir sur les leçons des jours précédents.  Les tables d’addition ou de multiplication doivent bien s’apprendre par cœur.  L’orthographe des mots doit être maîtrisée, et cela va plus vite de le vérifier à l’écrit plutôt que de demander à un enfant d’épeler un mot de huit lettres !  Un enseignant est comme un entraîneur sportif.  Il montre le geste.  C’est ensuite à l’élève de le reproduire jusqu’à le maîtriser.

Deuxième argument en faveur de l’utilité pédagogique des devoirs : ils contribuent à augmenter les inégalités !  C’est donc bien que ceux qui en bénéficient y trouvent un intérêt !

Sur le deuxième point, il est évident que notre société est beaucoup moins homogène qu’il y a 50 ans.  Un enfant aidé et accompagné à la maison risque moins d’accumuler des retards d’apprentissage qu’un enfant livré à lui-même, ou dont les parents ne maîtrisent pas suffisamment les fondamentaux (lecture, écriture, calcul) pour aider leur enfant.  Mais l’école de la République se doit d’être exigeante quant au niveau des élèves.  Plutôt que de lutter contre l’aide à la maison et favoriser un nivellement vers le bas, elle doit compenser les inégalités d’origine par des dispositifs adaptés.  Quand bien même on interdirait, sous peine de sanctions lourdes contre les enseignants, les devoirs écrits à la maison, les enfants de milieux favorisés continueraient à bénéficier d’aide à la maison (il n'est que de voir le développement des organismes payants de soutien scolaire).  L’école doit donc s’interroger sur la manière dont elle pourrait accompagner les enfants en dehors des heures strictes de cours.

Dans le cadre des Plans Locaux d’Éducation, on pourrait envisager un renforcement des dispositifs d’étude (accueil à l’école après les cours).  Certains enfants pourraient ainsi être mieux accompagnés dans leurs devoirs du soir.

L'école est au cœur de l’idéal républicain d’égalité. Aussi paradoxal que cela semble, le nivellement par le bas suivi depuis 30 ans a entraîné la dégradation de la maîtrise des fondamentaux. L’École de la République doit revendiquer le travail, l'exigence et le plaisir d'apprendre pour donner à chacun la possibilité d'aller au maximum de son potentiel et de ses envies. Cette exigence dans l'idéal d'égalité doit nous mener à renforcer les dispositifs d’accompagnement pour ceux qui en ont besoin.


Simon-Pierre Trezeguet